Laïcité
Par Bernard Teper
Mardi 29 septembre 2009
article publié dans la lettre 90
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Le pape Ratzinger qui se fait appeler Benoît XVI s’en est allé en République tchèque. Ce n’est pas un hasard. Cette république européenne est le pays ou on compte le plus d’athées (près de 40% sans compter les agnostiques) alors qu’en France, les athées et les agnostiques sont près de 30% seulement.
C’est là que le pape a lancé sa nouvelle croisade contre l’athéisme. Mais en fait, il attaquait par là la laïcité selon un amalgame bien connu. Il a prôné le dialogue avec les agnostiques mais la confrontation avec l’idéologie athée. Bien entendu, il a amalgamé l’athéisme avec le communisme stalinien. Son discours est d’une grande clarté : la liberté religieuse étant acquise, il convient aujourd’hui de faire en sorte que « la lumière de la foi continue à guider cette nation », c’est-à-dire de développer et l’intégrisme et surtout le communautarisme en Tchéquie.
En France, beaucoup de militants se trompent d’adversaires. Beaucoup sont dans la confusion sur le principe de laïcité.
Il est incontestable que, du point de vue de notre combat contre tous les intégrismes, notre adversaire principal dans le monde est l’intégrisme musulman. Il tue. Il est nauséabond avec les femmes. Mais l’intégrisme chrétien tue aussi en Afrique lorsque après avoir remplacé la médecine publique détruite par leur allié néolibéral, il empêche les campagnes de prévention contre le SIDA par exemple.
Mais du point de vue du communautarisme, l’adversaire principal reste le communautarisme chrétien. C’est bien lui qui par son lobby très développé agit avec puissance sur les législations nationales. On l’a vu en Pologne sur le retour de l’interdiction de l’IVG, aux EU, en France sur son influence directe sur les rapports (Machelon par exemple), sur les lois qui abondent en argent toujours un peu plus les écoles privées confessionnelles au détriment de l’école publique, sur les lois de bioéthique, sur les politiques familiales lâchement abandonnées par la gauche et l’extrême gauche, etc.
Même si par pure tactique, en France, l’église catholique avance en accord avec les autres structures confessionnelles, ceux qui ont suivi la bataille de 15 ans menée par l’UFAL pour une loi contre les signes religieux à l’école ont vu que l’adversaire le plus puissant qui s’est mobilisé contre la loi est bien l’église catholique. Les vociférations des structures intégristes islamistes et de leurs alliés sont une chose, mais le travail de lobbying pendant 15 ans fut l’oeuvre de l’église catholique.
La confusion est totale dans certains milieux de gauche, altermondialistes ou d’extrême gauche où remplaçant la lutte des classes par la lutte des pauvres contres les riches (qui dédouanent les rapports de production de la lutte), ils ont considéré que l’islam étant la religion des pauvres, il fallait s’allier avec les structures islamiques voire islamistes.
La confusion est totale dans la plupart des milieux de droite considérant que ce qui comptent c’est le Choc des civilisations et donc l’Occident chrétien contre l’orient islamique. Façon également de tenter par là d’une part de nier la lutte des classes et d’autre part de dédouaner les églises chrétiennes.
La confusion est grande quant à la définition de la laïcité tant l’église fait l’amalgame entre laïcité (liberté de conscience, égalité en droits, neutralité religieuse des pouvoirs publics, séparation entre la sphère de l’autorité politique et celle, privée, de la société civile) et l’athéisme (affirmation de l'inexistence de tout être supérieur de type dieu). La confusion est également grande entre l'exercice des libertés publiques dans la société civile (sous réserve du respect de l'ordre public) et l'obligation de neutralité religieuse qui s'impose aux pouvoirs publics et aux services publics (dont l'école). Les ultra-laïcistes souhaitent étendre à toute la société l'interdiction d'expression religieuse propre aux autorités publiques et à leurs agents (ils n’ont pas vu où a conduit cette thèse dans l’Union soviétique stalinienne) ; les néo-laïques au contraire soutiennent une tolérance extensive, appliquée y compris dans la sphère publique (thèses qui conduisent à la soumission de la République à la société civile, à ses groupes de pression, à ses lobbies - notamment religieux - et se terminent par la différence des droits selon les communautés d’appartenance).
On a même vu récemment les ultra-laïcistes (donc anti-laïques) faire croire que l’on pouvait condamner le port du voile intégral dans la société civile au nom de la laïcité alors que ce n’est pas possible. Il convient pour cela de partir du refus républicain du déni d’identité et d’identification ce qui fait une différence claire entre le port du hijab (qui permet l’identification du visage) de celui du voile intégral (burqua ou niqab). Voir l’excellente intervention de Marie Perret, secrétaire national de l’UFAL à RMC ou son audition auprès de la mission parlementaire Gérin.
Le principe de laïcité ne permet l’interdiction des signes religieux que dans la sphère de l’autorité politique : celle des pouvoirs publics, des services publics et de leurs agents. De l'autre côté, on voit systématiquemen les néo-laïques (donc anti-laïques) séculariser les doctrines religieuses dans le débat public. D’une façon générale, les néo-laïques sont les fers de lance du communautarisme religieux souvent sans le savoir. Ce sont les Messieurs Jourdain du cléricalisme.
C’est pourquoi il est important aujourd’hui de combattre tous les intégrismes et communautarismes, sans perdre de vue qu'il y a des adversaires principaux et secondaires.
C’est pourquoi il est aussi important de globaliser les combats car les anti-laïques (qu’ils soient communautaristes, intégristes, néo-laïques, ultra-laïcistes) sont alliés soit directement aux politiques néolibérales soit au Choc des civilisations soit à la charité des religions contre les besoins des citoyens et de leurs familles, contre l’émancipation humaine, contre la laïcité définie ci-dessus).
Voilà pourquoi nous ne devons pas relâcher la liaison du combat laïque et du combat social et même l’élargir aux combats démocratiques, féministes, écologiques et républicains.
Voilà pourquoi la visite du pape en Tchéquie doit être replacée dans son contexte politique et prise très au sérieux.
par Bernard Teper
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