Ecole
Par Bernard Teper
Mercredi 15 juillet 2009
article publié dans la lettre 85
Lien permanent vers cet article
L'UFAL analyse l'évolution actuelle du monde comme une invitation à entrer dans un système de marchandisation et de privatisation de toutes les activités humaines, augmentant de façon phénoménale les inégalités sociales et laïques, système animé par une alliance entre les forces néolibérales et les forces communautaristes.
Certains disent que nous exagérons. Et pourtant, c’est visible pour tous ceux qui acceptent de voir la réalité et non la fiction préparée par les présentateurs des médias, véritables prêtres au service de ce "nouveau monde".
Certains estiment que nous avons des analyses générales et que nous ne sommes pas assez concrets. Voilà un article fait spécialement pour eux, les veinards!
Et bien, nous allons prendre les jardins d'éveil comme exemple de ce que nous venons d'écrire. Nous pourrions prendre beaucoup d'autres exemples. Voir le dossier fourni à ce sujet par Eddy Khaldi de l'UNSA-Education.
Comme par « hasard », voilà le gouvernement sarkoziste et l'Eglise catholique qui engage ensemble dans un tango endiablé l'opération des jardins d'éveil contre l'école maternelle. De façon concomitante, l'Etat diminue la surface de la maternelle de 2 à 3 ans, gratuite de surcroît pour la remplacer par les jardins d'éveil payants souvent présentés par l'Eglise catholique. La CFTC, qui préside au sein de la Sécurité sociale, la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF), est largement partie prenante de cette offensive (voir dossier). Elle y entraîne dans son sillage la CNAF elle-même, pourtant incluse dans les institutions de la Sécurité sociale. Le Secrétariat général à l'Enseignement catholique (SGEC) diffuse les statuts, préambule et règlement intérieur, réalisés par la direction diocésaine de Vendée.
On peut comprendre que le Secrétariat général de l'enseignement catholique(SGEC) dans une logique de concurrence avec l'école publique fait sienne la position suivante:" La réduction , voire la suppression, de la scolarisation des enfants de 2 à 3 ans dans les classes sous contrat va perturber de façon importante le recrutement des écoles catholiques." et comme la position de l'Eglise est la suivante: "quiconque n'accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n'y entrera pas"(en page 5 sous l'intitulé "Un nouveau défi à relever" dans un texte général nommé "Orientations de l'enseignement catholique de juillet 2008"), on peut comprendre que le SGEC a engagé sa propagande comme elle l’avait fait sur le mode d’organisation des écoles privées confessionnelles pour « siphonner » une partie des subventions publiques vers l’Eglise et les congrégations. Le lobby catholique est entré en action. Puis tout se précipite: 4 novembre 2008, cela devient proposition du Sénat, puis le 21 décembre , c'est au tour de la Secrétaire d'Etat Nadine Morano de se déclarer favorable à ce projet , et le 7 avril 2009, elle annonce les 8000 premières places!
OÙ SONT LES LAIQUES ET REPUBLICAINS DE GAUCHE ?
La caractéristique de beaucoup de laïques et des républicains de gauche est de ne pas comprendre la globalité de la politique néolibérale et communautariste de ceux qui nous dirigent. Ils pensent qu’il n’y a que le discours de Latran ou l’intégrisme islamiste à combattre et qu’il suffit de s’arc-bouter sur la loi du 9 décembre 1905.
Errare humanum est, perseverare diabolicum. Pire, il reste les « bras ballants » quand, sur tout l’arc de la gauche, qu’elle soit social libérale ou membre de la « gauche de la gauche », on voit de nombreux élus faire des compromissions avec cette politique. Et dans la politique familiale, on voit certains laïques et républicains de gauche dirent en substance : « On ne s’occupe pas de famille car « Famille, Travail Patrie » du sinistre Pétain ». Ah ! Ces saltimbanques ! Plus de la moitié des changements du Code civil proviennent du domaine de la famille qui nous régit tous avec, entre autres, le Code de l’aide sociale et des familles voté par le Parlement en 1975. La très grande majorité des citoyens vivent en famille. La branche famille est une des caisses de la sécurité sociale comme les retraites ou la santé et l’assurance-maladie ! Et on souhaiterait laisser cette politique aux mains des dirigeants du patronat et de la droite néolibérale ainsi qu’à l’Eglise et son lobby, de la CFTC, etc. !
Aujourd’hui, les seules voix discordantes sont celles de l’UFAL, de la CGT et des parlementaires communistes (principalement au Sénat d’ailleurs !). Et à un degré moindre car n’agissant pas sur l’ensemble de la problématique et ne pratiquant pas de campagne d’éducation populaire tourné vers l’action, l’UNSA Education et le CNAFAL. Où sont les autres ? Aux champignons ?
POUR UNE GLOBALISATION DES COMBATS
Aujourd’hui, la déstructuration restructuration opéré par l’alliance des néolibéraux, des communautaristes et intégristes de toutes natures a globalisé les combats qu’elle mène contre les intérêts des citoyens et de leurs familles à commencer par les couches populaires (c’est à une véritable guerre des classes que cette alliance nous convit). Nous devons répondre également par une globalisation des combats.
Quand on veut promotionner la Sécurité sociale solidaire, on doit parler bien sûr des retraites et de la Santé - Assurance –maladie mais aussi de la branche Famille et des Accidents du travail et maladies professionnelles.
Quand on veut résister à un rouleau compresseur, on ne doit pas seulement écouter les couches moyennes supérieures radicalisées mais écouter aussi les doléances des couches populaires (ouvriers , employés) qui représente la majorité des ménages si on reprend les calculs de l’INSEE. Et si on réalise cette écoute, on globalise les combats sans en négliger aucun. Bien sûr la lutte, pour l’écologie, pour régler par le haut le problème des sans-papiers, la lutte contre la guerre, contre les institutions internationales, contre les institutions actuelles de l’Union européenne et les paradis fiscaux sont nécessaires. Mais sont nécessaires aussi la lutte pour l’emploi CDI partout et pour tous, pour une Sécurité sociale solidaire (et ses 4 branches et non deux seulement !), pour un logement de qualité, pour une laïcité permettant le développement des droits et des libertés, pour des services publics dégagés de la logique du profit !
Et pour parler autrement, il faudrait que le militantisme machiste prenne fin en laissant aux mères de famille le soin de se débrouiller avec ce qui existe.
Vous êtes convaincus ? Alors agissez et ne soyez pas spectateurs du spectacle que nous proposent les puissants de ce monde.
par Bernard Teper
Secrétaire national de l'UFALvoir tous ses articles