Courrier des lecteurs
Par Les lecteurs d'Ufal Flash
Vendredi 19 juin 2009
article publié dans la lettre 82
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Bonjour,
Curieusement, alors qu’EDF et GDF ont rapidement sollicités auprès du gouvernement l’augmentation de leurs tarifs lorsque les cours du pétrole flambaient, l’annulation des dernières augmentations pour revenir aux prix correspondants au cours actuels du brut ne semble pas être à l’ordre du jour.
Aucune organisation n’interpelle nos dirigeants sur cette question, pourtant tout le monde dit vouloir défendre notre pouvoir d’achat, merci de lancer le débat.
Alain Raby
39500 TAVAUX
Bonsoir monsieur Hervet (administrateur de l'UFAL, La Réunion),
Après la lecture d'un article sur les élections européennes (où j'avoue m'être abstenu et je n'ai pas été le seul ! En métropole cela n'aurait pas été le cas mais ici ?) qui doit faire grincer quelques dents mais qui a le mérite de remettre les pendules à l'heure du réel, même si l'extension du salariat n'a pas correspondu à celle de la conscience de classe. Mais est-ce si nécessaire de conjurer ce que l'on croit être des idées à la mode puissantes ? Au fond le postmodernisme n'est qu'une idéologie de surface d'une élite, le vote vert qu'une échappée par dépit sans profondeur, mais dans la population c'est la défiance, l'impuissance, vis-à-vis des institutions européennes qui crée ce sentiment d'inutilité du vote ; le talon de fer qui décourage et dégoûte, qui finit par scléroser les meilleurs acquis du libéralisme politique classique : La visée universelle et libératrice du vote semble confisquée au service d'une classe, d'une seule voie présentée comme possible... J'en reste là.
Vous me demandiez de ne pas hésiter à vous écrire sur les sujets dont nous avions débattus lors de votre venue : Dans le cadre de l'UFAL peut-être serait-il judicieux de s'impliquer dans l'actualité des états généraux en soulignant les attaques redoublées que subirait la laïcité dans un cadre institutionnel autonome qui autoriserait les lois pei, la laïcité ne se réduisant pas à desserrer l'étau du cléricalisme politique mais aussi des féodalités locales ; il s'agit d'assurer pour l'autonomie laïque de la conscience individuelle un dispositif légal qui consacre la liberté comme non domination : La laïcité ne peut être à géométrie variable, à la merci des groupes de pression locaux, sans que l'égalité républicaine elle même soit menacée.
D'ailleurs l'invocation réitérée de l'originalité propre à chaque situation concrète a souvent servi dans les débats récents à invalider les principes laïques. Et ce à la faveur d'une confusion entre l'équité, médiation de la loi générale, et à la différenciation des droits, rupture de l'égalité républicaine. La fonction de l'égalité des droits est celle d'un levier qui permet à toute personne de s'affranchir des servitudes sociales, géographiques même (L'UFAL aurait d'ailleurs intérêt à ne pas négliger le terrain de la continuité territoriale), religieuses. La loi commune ne peut être un recours pour celui qui souhaite s'affranchir d'une tutelle que si elle est plus forte que les féodalités locales et autres roitelets pei. C'est à un tel enjeu libérateur que semblent aveugles les diatribes usuelles contre le jacobinisme laïciste.
Le droit à la différence, implacablement, devient différence des droits et le relativisme sociologique ou historique risque en l'occurrence de consacrer une logique d'apartheid. L'autonomie, c'est sous couvert de dignité et de considération l'équivalent du statut colonial à l'heure de la mondialisation. La notion ambiguë d'identité collective, de peuple réunionnais, cristallise ainsi une captation du groupe sur l'individu et compromet l'intégration républicaine au prétexte d'opposer la matière concrète d'un patrimoine culturel et/ ou spirituel à la forme abstraite du droit laïque.
Mais cette opposition est fictive dans la mesure où cette forme n'a jamais requis un effacement des mémoires propres aux groupes humains que lient des références communes. Si l'école laïque a empêché l'usage du créole ou du breton (ou du catalan, prêchons pour notre chapelle d'ex sympathisant catalaniste), c'est que trop prise par son époque, sans distance, elle n'était pas laïque), mais elle se devait d'assurer l'usage commun du français pour tous afin de laisser ouverte la possibilité d'un autre destin pour chacun. Disons que l'école de Jules Ferry avait des relents colonialistes mais qu'elle a laissé le choix, elle a formé d'innombrables anticolonialistes L'uniformisation par ailleurs vient des empires économiques dominants et des mimétismes qu'ils induisent.
La laïcité comme préservation des lieux d'instruction et d'élaboration politiques propres à la république peut jouer un rôle majeur dans la résistance à l'uniformisation niveleuse de la mondialisation capitaliste, et sans paradoxe, permettre à tous, aux communautés de cultiver leurs mémoires respectives, sans instrumentalisation ni identité assignée, à la condition de respecter la loi commune. Car dans sa visée l'unité juridique des principes républicains ne requiert aucune uniformisation des modes d'être et des mémoires.
Cordialement, bien à vous,
Laurent Raynaud
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