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Par J.P. Escaffre
Jeudi 27 novembre 2008
article publié dans les lettres 65, 65
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Les "réformes" vont bon train. Deux sont majeures: celle de l'organisation sanitaire publique, celle des Universités publiques. Les méthodes idéologiques aboutissant à la privatisation de ces deux secteurs sont les mêmes, partout en Europe continentale :
A qui profite le crime ? Les cliniques privées appartiennent désormais à des groupes financiers, le plus souvent d'origine américaine. Quant aux assureurs non mutualistes, ils appartiennent à qui ? à des compagnies d'assurance US pour la plupart (souvent liées à des associations religieuses us). Resterait bien AXA comme assureur français (dont les dirigeants ont la réputation d'être des supports de l'Opus Dei), mais son capital est majoritairement détenu par du capital étranger ...
Ainsi, toute la propagande et les techniques utilisées eurent comme objectif de transformer les budgets de la Sécu en épargne captable pour les transférer vers les Etats-Unis d'Amérique. La méthode utilisée : on crée artificiellement un marché unifié à l'échelle européenne en imposant la technique DRG (les pseudo groupes homogènes de patients le symbolisant), puis on technocratise autoritairement le secteur public, ce qui crée un espace pour le capital américain pour l'essentiel.
En France, avec le dernier vote au parlement, il faut le déclarer clairement : la Sécurité Sociale française est morte.
Sans doute mue par l'expérience acquise, la "réforme" fut beaucoup plus rapide. "On" commença par créer les LMD au niveau européen, ce qui permit de faire sauter le monopole des diplômes d'État et de symboliser un marché de la formation supérieure au niveau de l'Europe, comme le furent les DRG au niveau hospitalier. Puis "on" serra drastiquement la vis des budgets (avec de nouvelles techniques comptables) et "on" déclara que l'Université devait chercher son argent ailleurs... Pas l'Université française dans son ensemble, non, chaque université. "On" les autonomisa donc, et "on" les mis en concurrence ... pour la recherche du pognon. Pour ce faire, on détourna les instances représentatives démocratiquement élues, pour les substituer par un Président au pouvoir étendu après avoir détruit le statut universitaire pour les nouveaux entrants (embauchés selon leur "excellence"). "On" impliqua, comme d'habitude, suffisamment d'intellectuels universitaires pour cautionner la logique, conscients ou inconscients: on retrouva, as usual, l'armée des "intellectuels organiques" chère à Gramsci.
Ainsi donc, "on" divisa l'Université nationale dans chaque pays européen en autant d'universités en concurrence, avec des diplômes portant les mêmes libellés ( "transparence" de marché) mais que n'importe quelle institution publique ou privée peut se prévaloir. "On" technocratisa les systèmes publics pour limiter autoritairement leur expansion (la stratégie de technocratisation sert classiquement à cela), ouvrant ainsi un espace aux institutions privées. A qui appartiennent ces institutions privées nouvelles ? A des capitaux d'origine anglo-saxonne pour l'essentiel. Pour ceux qui ont eu l'occasion de faire de la formation supérieure dans les pays de l'Est européen, cette stratégie y a été déjà expérimentée : stratégie d'étranglement des universités nationales, implantations d'institutions privées britanniques et américaines (avec succursales bancaires à l'intérieur), prix d'inscription élevé sous propagande de formation diplomante "de niveau international" (avec publicité des classements de pseudo niveaux internationalement reconnus).
La France suit le même chemin : "on" divise l'Université française en universités concurrentes, ainsi donc affaiblies par rapport aux universités américaines qui entendent s'y établir. Havard a un budget équivalent à celui de l'enseignement supérieur français, la stratégie de bon sens eut été de conforter l'Université française par une coopération renforcée entre les universités régionales afin de faire pièce. Mais non, "on" préfère l'affaiblir. Et c'est ainsi que déjà au moins deux institutions anglo-saxonnes se sont implantées à Paris (en économie). A bientôt des filiales de formations US à Rennes, Nantes, Marseille, etc. "On" trouvera toujours des "intellectuels organiques" et des élus de tous bords pour justifier l'injustifiable.
Tout cela n'étonnera pas ceux qui s'intéressent à la rentabilité des capitaux: en Europe, les secteurs de l'énergie, de la retraite / santé, et de la formation supérieure sont désormais les seuls à rentabilité sûre à deux chiffres.
Tout cela n'étonnera pas non plus ceux qui s'intéressent à l'intelligence économique états-unienne, dont l'objectif est fondamentalement de récupérer l'épargne européenne.
Merci aux "intellectuels organiques" européens de les y aider ...
par J.P. Escaffre
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