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Par Raphaël Thaller
Lundi 27 octobre 2008
article publié dans la lettre 63
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L’origine première de la crise financière aux USA : Rappelons d’abord que la société américaine est caractérisée par un taux d’épargne à zéro et une consommation qui s’effectue à crédit. La crise trouve son origine dans le surendettement de ménages pauvres ou modestes, qui ont accédé à la propriété en prenant des prêts hypothécaires, c’est-à-dire des prêts garantis par la maison elle-même (modèle préconisé en France par Nicolas Sarkozy !). Par ailleurs, une masse considérable de capitaux libres (on les appelle « liquidités ») est à la recherche d’une rentabilité maximale. Tous les filons sont bons à exploiter : matières premières, denrées alimentaires, titres etc. Les deux phénomènes vont se croiser.
Les ménages vont se retrouver littéralement piégés, entre la hausse des taux d’intérêts variables qui ont renchéri considérablement leurs mensualités et la chute du marché immobilier : ils ne peuvent plus rembourser les prêts (ils ne sont plus solvables), leurs maisons sont saisies, les prix chutent, c’est la spirale. Mais il ne s’agit pas seulement d’une affaire de surendettement. Car les prêts ont été « titrisés ». C’est-à-dire qu’ils ont été logés dans des sociétés dont les titres ont été vendus à des investisseurs. En clair, cela signifie que les banques prêteuses se sont débarrassées de ces prêts. Partout, les investisseurs ont acheté ces titres. Les créances douteuses se sont ainsi disséminées dans le monde entier, sous le nom de « produits structurés », au milieu d’autres titres très bien notés par les agences de notation. C’est pourquoi on parle du « caractère systémique » de cette affaire. Tous les jours on découvre qu’il s’agit de produits « toxiques », entendez par là des machins invendables. Tout cela n’aurait pas été possible sans l’application de décisions à caractère politique permettant d’éliminer les réglementations encombrantes. En outre beaucoup d’opérations ont été effectuées avec de l’argent emprunté ! Cela accroît encore considérablement les effets domino. Résultat : les banques ne se font plus confiance, elles ne se prêtent plus d’argent, de peur de se faire donner en échange des titres « pourris ». C’est la crise de liquidité.
De la notion de crise financière on vient logiquement à celle de finance. La finance n’est pas une excroissance anormale du système capitaliste pas plus que la financiarisation n’est une mutation génétique qui donnerait à penser que le système aurait changé de nature. La finance est une forme nécessaire que doit prendre le capital au cours de son cycle complet de valorisation : il y a le capital industriel (les machines, les bâtiments), le capital commercial (les marchandises à vendre) ; mais il y a aussi le capital argent. La finance commence avec l’argent. La finance ne peut exister sans argent. L’argent ne peut exister sans valeur, dont il est le représentant. Et la valeur ne peut exister sans travail, sans production réelle. Quand nous disons « production », cela doit être compris dans un sens très large : les biens, mais aussi les services, les prestations etc. Et puis il y a aussi les titres tels que les actions, les obligations, les créances... Les titres financiers ne sont pas de la richesse mais un droit de tirage sur la richesse produite. Quelle que soit la ″valeur″ du titre, ce n’est qu’au moment de sa « liquidation » (c’est-à-dire sa transformation en argent) qu’on verra quel pouvoir d’achat réel il représente. Quand je dispose d’une action de 100 € et que le cours de celle-ci double (elle passe à 200 €), je suis apparemment plus « riche ». Mais si je vends mes actions pour m’acheter un costume, alors je reviens dans ce qu’on appelle l’économie réelle. Il va falloir d’abord que j’échange mes actions contre de l’argent, afin de me créer un pouvoir d’achat. Si j’espère un pouvoir d’achat de 200 € (qui correspond au cours actuel de mon action), encore faut il que je trouve quelqu’un pour me verser effectivement 200 € d’argent liquide et que ce pouvoir d’achat puisse aussi trouver une contrepartie du coté de la production. Et cela n’est possible que si la richesse réelle existe.
Rêver à un capitalisme sans finance, c’est tout simplement rêver à un capitalisme sans capital et à un capitalisme sans profit, ce qui est impossible. L’idée d’un parasitisme de la finance naît du constat apparent que les revenus financiers seraient détournés de l’économie réelle, c’est-à-dire de l’investissement ou de la consommation. Ils seraient donc stérilisés. Or nous avons vu que les profits non réinvestis sont finalement consommés[1]. De toute façon, le système n’a pas le choix, contrairement à ce que l’on croit bien souvent. Ce qu’individuellement un capitaliste peut faire (décider de « placer en bourse » plutôt qu’investir dans son affaire), ce n’est plus possible à l’échelle globale. Les placements ne peuvent se substituer à l’investissement. Si tous les capitalistes, dans leur ensemble, se contentaient d’acheter et de revendre des « titres de papier », cela fait longtemps que la poule aux oeufs d’or serait éventrée. Or il faut bien constater que le système tourne et se reproduit. Placer son argent, c’est en réalité investir dans les affaires des autres.
La Bourse enregistre et analyse les résultats réels des firmes. Elle transforme ensuite ces résultats en objectif « financiers » qui deviennent la norme : elle est l’agent et le porte parole du taux de profit moyen. C’est la hausse des profits (réels) qui permet l’épanouissement de la finance et non l’inverse. En ce sens, la notion de financiarisation exprime l’état du rapport de force entre le travail et le capital : libéralisation des échanges de marchandises et des mouvements de capitaux, privatisation et marchandisation des secteurs publics, modification du partage des richesses, mise en concurrence des travailleurs (le dumping social), hausse tendancielle du taux d’exploitation … C’est donc l’essence du capitalisme. Un retour aux sources et aux fondamentaux. Un « pur capitalisme »[2].
Source : « Droit d’alerte n°8 – La lettre d’information de CIDECOS » - novembre 2008
Cidecos, une référence pour l'action des CE et CHSCT, notamment des industries de la chimie.
[1] Tous les revenus distribués (salaires, profits) doivent être au bout du compte utilisés (investissement ou consommation). Sinon, le circuit économique est bloqué et … les revenus ne peuvent plus être distribués!
[2] Expression empruntée au livre de Michel HUSSON, «|_|Un pur capitalisme|_|», éditions Page Deux, 2008. Voir aussi «|_|La finance capitaliste|_|», Actuel Marx PUF, 2006.
par Raphaël Thaller
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