Economie
Par Bernard Teper
Lundi 13 octobre 2008
article publié dans la lettre 62
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Il est dans la nature des choses de voir un jour tel ou tel dogme reculer voire s’effondrer.
Nous sommes dans une période ou certains dogmes financiers et économiques, promus par les néolibéraux de droite comme de gauche, sont en train de s’effondrer. Pour ceux qui ont fait des études économiques et financières, vous pouvez conserver vos polycopiés comme preuve historique des incroyables dogmes que l’ont vous a enseigné à l’Université ! Pour les autres, il va falloir se faire à l’idée que la pensée dominante est en train de perdre certains de ces dogmes.
Devant ce désastre que nous avons prévu déjà l’an dernier[1], il est nécessaire de comprendre ce qui est en train de se passer.
Le capitalisme fonctionne par phases comme l’ont montré Karl Marx et surtout Friedrich Engels. Il fonctionne depuis cinq siècles et a d’abord généré du profit par la production matérielle, industrielle, agricole, etc. à travers différentes phases : capitalisme manufacturier, concurrentiel, monopoliste, impérialiste, etc. Puis, pour survivre, il a été obligé, pour générer du profit d’abord de se financiariser puis à entrer dans un cycle ultra-spéculatif. Depuis la deuxième guerre mondiale, nous sommes entrés dans un premier cycle lors de la phase des 30 glorieuses (après-deuxième guerre mondiale jusqu’au milieu des années 70) ou le profit était généré principalement par la production matérielle puis nous avons connu la phase de la financiarisation avec la phase de la globalisation financière(du milieu des années 70 à la fin des années 80), puis enfin la période de spéculation intensive et de destruction des services publics et des principes républicains lors de la phase du turbocapitalisme (les années 90 jusqu’à aujourd’hui)[2].
Pour comprendre cela, il faut intégrer la thèse de Fernand Braudel sur les temps longs et celles des temps courts (cycles conjoncturels) de Nicolas Kondratieff et Joseph Schumpeter sur la succession des différents systèmes régissant les rapports de l'homme à son environnement matériel, d’en définir les phases et à l'intérieur de ces phases, le temps des cycles conjoncturels. Dans une phase A, le profit est généré par la production matérielle comme dans la phase des 30 glorieuses ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation comme dans les phases de la globalisation financière et du turbocapitalisme. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les ménages s'endettent, massivement. Nous sommes aujourd'hui dans la dernière partie d'une phase B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel, et que les bulles explosent les unes après les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente, le chômage progresse, et l'économie connaît une situation de déflation réelle.
Mais aujourd’hui la question qui se pose est la suivante : est-ce que nous allons vivre une autre phase du capitalisme après la phase turbocapitaliste ou est-ce que le capitalisme, incapable de retrouver un équilibre, va vers sa fin comme le suggère Immanuel Wallerstein qui reprend les idées d’Ilya Prigogine: « quand un système, biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l'équilibre, et l'on assiste alors à une bifurcation ».
Immanuel Wallerstein continue en déclarant dans une tribune essentielle à lire parue dans le journal Le Monde du 11 octobre 2008 : » Le capitalisme est omnivore, il capte le profit là où il est le plus important à un moment donné ; il ne se contente pas de petits profits marginaux ; au contraire, il les maximise en constituant des monopoles - il a encore essayé de le faire dernièrement dans les biotechnologies et les technologies de l'information. Mais je pense que les possibilités d'accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. »
Voilà le problème posé. Il est trop tôt pour savoir si notre ami Immanuel Wallerstein a raison ou si nous allons seulement changer de phase.
Mais en tout cas, il est probable que la crise financière ne s’arrêtera pas avec les « rustines » produites par les dirigeants du monde. Pour une raison simple. Le bulle financière n’a pas de contrepartie matérielle. Le rapport est de 1 à 50 entre la production matérielle et la bulle financière. Tout cela a commencé en août 1971 quand les Etats-Unis, propriétaire de la monnaie mondiale « dollar », a supprimé la relation entre le dollar et l’or. Puis l’application du Consensus de Washington (1979) a engagé le développement de la bulle financière avec l’engagement du processus de marchandisation et de financiarisation généralisée des activités humaines et donc des services publics.
Donc les dirigeants actuels du monde disent que le capitalisme manque de régulation mais en fait, ce sont eux qui ont détruits les régulations car sans la suppression des régulations, ils n’arrivaient plus à générer du profit. Il n’est donc pas possible de revenir en arrière !
Une première alerte a été donnée par la crise argentine mais les dogmatiques néolibéraux de droite et de gauche, appliquant la méthode Coué ont fait comme si ce type de crise n’était possible que dans les pays du Sud ! Errare humanum est, maintenant la crise est généralisée à l’échelle du monde.
Il faut bien comprendre que nous vivons une crise financière et bancaire d’une ampleur exceptionnelle mais que cela ne va s’arrêter là. Nous commençons à entrer dans une crise économique via la récession et le recul de la production. Mais comme un effet de domino, la crise économique entraînera une crise sociale. Déjà les prémisses de la crise sociale sont là : la récession des grands pays développés va entraîner un accroissement important du chômage, un accroissement de la pauvreté et l’augmentation fulgurante des inégalités sociales de toute nature. Et dans ce cas, nous n’échapperons pas à une crise politique majeure.
Finis les dogmes du capitalisme comme système indépassable ou comme fin de l’histoire et toutes les activités seront impactés par l’arrivée de toutes ces crises.
Nous entrons donc dans une crise généralisée de grande ampleur. Les éléments les plus conscients ont donc comme objectif de généraliser les campagnes d’éducation populaire laïque tourné vers l’action. Tous les camarades de l’UFAL et tous les camarades qui sont sur une ligne anticapitaliste, laïque, sociale, écologique et républicaine se doivent de se rassembler autour des campagnes d’éducation populaire actuelles sur la santé et la protection sociale, la laïcité, la poste lien avec l’appel La Poste , l’école et sur la crise, éventuellement porteuses d’une alternative.
Mais attention, nous disons bien « éventuellement » car ceux qui croient que ceux qui tiennent le manche vont l’abandonner au prétexte qu’ils se sont trompés et qu’ils sont les acteurs de la débâcle qui s’annoncent, se trompent. Pour les faire partir, il faudra les en déloger ! Donc le risque d’un durcissement sécuritaire, voire militaire ou encore fasciste n’est pas à négliger. Déjà des partis fascistes ont des pouvoirs énormes dans différents pays d’Europe. La droite est en train de les adouber partout.
Et que fait la gauche et l’extrême gauche? Elle se complait dans les délices de la « combinazione » pour congrès sans chercher le lien organique (au sens d’Antonio Gramsci) avec les mouvements sociaux. Alors que Nicolas Sarkozy, oui-iste en chef, déclare au Salon de l’auto, qu’il va demander à l’Union européenne de modifier sa politique voire ses textes de référence, on attend toujours les propositions des oui-ouistes du PS !
L’heure est donc aux campagnes d’éducation populaire laïque tournée vers l’action
Pour cela, l’UFAL un appel à l’émergence d’un collectif pour lancer une grande campagne d’éducation populaire dans tout le pays sur la base de stages de formation et de réunions publiques locales.
Avec ce collectif, nous élaborerons le discours autour d’une modification de la répartition des richesses, d’une laïcité économique pour séparer la sphère publique et ses services de la logique du marché, une nouvelle géopolitique européenne et mondiale, l’abandon du primat des identités ethniques et religieuses sur l’émancipation citoyenne, le refus du libre-échange sous toutes ses formes, une réorientation énergétique radicale, le primat des principes républicains (liberté, égalité, fraternité, laïcité, solidarité, démocratie, souveraineté populaire, sûreté et développement durable) sur toute autre considération, etc.
N’hésitez pas à nous contacter !
[1] Déjà dans UFAL Flash, nous avions l’année dernière montré comment la crise des crédits hypothécaires (subprimes) aux Etats-Unis pouvait avoir des conséquences désastreuses pour les citoyens et leurs familles dans le monde entier. Mais l’assurance des élites de la droite mondiale et même de la gauche sociale-libérale faisait passer tous ces écrits au mieux pour des oiseaux de mauvais augure. Pendant toute cette période, les néolibéraux de droite et de gauche nous ont « matraqués » avec le fait que le marché notamment financier allait régler tous les problèmes. Et que pour cela, il fallait développer le libre-échange à commencer par les capitaux. Tous ceux dont nous étions, qui annonçaient la catastrophe comme imminente étaient écartés d’un revers de main devant les élites qui savaient tout.
[2] La phase du capitalisme que j’appelle turbocapitalisme (mais que l’on pourrait appeler d’un autre nom, bien sûr!) dans laquelle nous sommes depuis la chute de l’Union soviétique fin des années 80 possède les caractéristiques suivantes, qui n’ont jamais existé préalablement: - 1) Maintien voire aggravation de la répartition des richesses au profit des profits et au détriment des revenus du travail et des cotisations sociales (écart de 9,3 points de PIB depuis 25 ans selon les chiffres de la Commission européenne soit actuellement 170 milliards d’euros par an) permettant le développement et la primauté de la globalisation financière - 2) Accélération du processus de privatisation et de marchandisation des activités humaines démarré fin des années 70 (Consensus de Washington de 1979) - 3) Ecroulement de l’URSS (fin des années 80), seul opposant important à la gouvernance mondiale (patronat multinational, associations multilatérales et régionales, administration étasunienne) - 4) Priorité à la généralisation de la privatisation des profits et à la socialisation des pertes (notamment pour les services publics) - 5) Généralisation du nouveau système d’alliances politico-financières entre les politiques néolibérales et les politiques communautaristes (tant ethniques que religieuses)
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