Santé/protection sociale
Par Nicolas Pomiès
Jeudi 21 août 2008
article publié dans la lettre 57
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« La nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement. Elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. » Préambule de la Constitution de la République du 27 octobre 1946.
L'ordonnance du 4 et 19 octobre 1945 qui créa la Sécurité sociale avait trois objectifs : l'universalité, l'unicité et la démocratie.
La gestion de la sécurité sociale devait relever des représentants élus des assurés sociaux, conformément à l'idéal de démocratie sociale porté par les forces progressistes au lendemain du second conflit mondial. Le financement de la Sécurité sociale fut alors assuré par une partie des salaires versé par les salariés et les patrons puis mis en commun dans des caisses socialisées. La loi du 1er avril 1898 sur la Mutualité est abrogée car cette dernière devient complémentaire à la Sécurité sociale et non concurrente.
Les attaques, pour détruire les valeurs contenues dans ces textes fondateurs de la République ont été depuis lors permanentes.
Apparemment l’existant ne semble pas profondément bouleversé. Mais en réalité tout dépend de l’étendue du contenu de la couverture maladie généralisée. En effet, les dépenses exclues de la CMG resteront à la charge des ménages et " libre à eux " de souscrire une assurance supplémentaire : c’est le 3ème étage de la construction. Si ce 3ème étage se révèle important, les inégalités dans l’accès aux soins s’aggravent car seuls les plus riches peuvent prétendre à ce niveau de couverture.
La volonté de maintenir une frontière entre couverture de base et couverture complémentaire avec la perspective de voir s’étendre le champ de cette dernière, est révélatrice d’enjeux financiers importants et inquiétante pour les assurés. Au nom de la volonté affichée de réduire le niveau des prélèvements obligatoires la tentation sera forte de transférer une part de plus en plus importante du régime obligatoire vers les complémentaires et ainsi de réduire l’AMO à un filet de sécurité minimale. Au bout du compte, les assurés subiront de plein fouet les augmentations de cotisations ou de primes auxquelles les mutuelles et les assurances seront conduits.
Le rapport Chadelat est la feuille de route de tous les gouvernements depuis cette époque et est utilisé pour privatiser la Sécu.
Dans cette même période se joue la dégradation de l’organisation sanitaire :
Fermeture de 60 000 lits d’hôpitaux, fermeture de maternités, fermeture de blocs opératoires… une médecine généraliste inégale sur le territoire : suppression de la permanence des soins, une médecine de spécialistes en dépassement d’honoraires rendant l’accès aux soins difficiles à des pans entiers de population, débordant de beaucoup les classes les plus pauvres, pour atteindre les classes moyennes.
Le manque de corps médical, provoqué par le numerus clausus accentue les difficultés d’accès aux soins, multipliant les listes d’attente chez les spécialistes mais aussi pour l’accès aux techniques de pointe, aux actes hospitaliers. Inégalité de traitement chirurgical. Dégradation de la médecine urgentiste, absence de soins d'urgence sur les personnes âgées etc.
Cette dégradation est permise par :
Pourquoi tuer ainsi la Sécurité sociale ?
La santé est un marché de 3 500 milliards de dollars dans le monde et évidemment les grands groupes d’assurances ont pour objectif de récupérer cette manne. En France les dépenses de santé représentent plus de 200 milliards d’euros qui échappaient encore au marché. Le corps des assurés sociaux est pour eux ce que la bagnole est au constructeur automobile.
Qui oriente ainsi la Sécurité sociale ?
Les politiques alliés des financiers organisent donc l'assèchement de la Sécu solidaire par des hommes qui ont des liens étroits avec le pouvoir et avec le patronat, nul ne s'en étonnera.
Xavier Bertrand
Agent général d’assurances AXA de 1992 à 2004
Secrétaire d’Etat à l’Assurance maladie, de 2004 à 2005
Ministre de la Santé et des Solidarités de 2005 à 2007
M. Van Roekeghem, Directeur de la CNAM
Ancien directeur de l'audit du groupe d'assurances AXA de 2001 à 2003,
ex Directeur du Fonds de solidarité vieillesse de 1997 à 2001
ex Directeur de cabinet du ministre de la Santé et de la Protection sociale, du 15 avril 2004 jusqu'à sa nomination à la Cnam.
Monsieur Cyril Roux
Secrétaire général adjoint de l'Autorité de contrôle des assurances et des mutuelles (ACAM) ? à ce poste depuis le 1er avril 2008
Cyril Roux a réalisé le parcours suivant :
Jean-François Chadelat
Directeur du Fonds de financement de la CMU
Ex directeur chez AXA de 1990 à 1994.
auteur du sinistre rapport Chadelat
Denis Kessler
Vice-président exécutif du MEDEF de 1998 à 2002
Membre du Comité européen des Assurances de 1990 à 2002
Directeur Général d’Axa en 97 et 98
PDG du groupe Scor (réassurance) depuis nov. 2002
Guillaume Sarkozy
Frère aîné de Nicolas Sarkozy
Vice Président du MEDEF jusqu’en 2005
Délégué général de Médéric Prévoyance (Groupe de retraites complémentaires)
Jean Louis de Mourgues
Sous-directeur à la Direction des assurances au ministère de l’Economie et des Finances, de 83 à 89
Directeur général du groupe AG2R en juillet 1990
Délégué général du Groupe Prémaliance
Député UMP depuis 1977
Guillaume Sarkozy et Jean-Louis de Mourgues sont en première ligne dans les grandes manœuvres qui s’engagent à la Sécu. Les salariés des organismes de Sécurité sociale sont actuellement en lutte contre le régime de complémentaire santé obligatoire que prétend leur imposer l’UNCASS (Union Nationale des Caisses de Sécurité Sociale). Ce régime, qui serait fatal aux mutuelles de salariés et à leurs œuvres sociales, attribue 50 % de la gestion des organismes de Sécurité sociale aux groupes Médéric et AG2R. Or, Il se trouve que le directeur général de Médéric n'est autre que Guillaume Sarkozy ancien vice-président du Medef et ancien vice-président de la CNAM et que le groupe AG2R est dirigé par Jean-Louis de Mourgues, dont le pedigree n'a rien à envier au premier. Ce sont ces groupes qui sont pressentis pour prendre le relais de la Sécurité sociale, une fois qu’elle aura disparu. Voilà pourquoi il faut que la Sécu disparaisse !
Cela montre le très gros appétit des groupes privés et leur hâte de se partager le gâteau, avec l’appui du gouvernement.
Une seule solution immédiate pour refuser la disparition orchestrée de la Sécurité sociale : ne plus cotiser dans une complémentaire santé faisant le jeu du capital et de son marché.
Et agir pour une sécu remboursant 100 % des soins utiles et nécessaires en cotisant pour sa complémentaire santé à une mutuelle résistante visant cet objectif !
(Cet article a été réalisé en partie grâce au travail effectué par Bernard Berthelot, qu'il en soit ici remercié)
Nicolas Pomiès
Directeur de L'Avenir Mutualiste (mutuelle résistante pour un retour à la Sécu et aux mutuelles de 45)
www.avenirmutualiste.fr
par Nicolas Pomiès
Directeur de L'Avenir Mutualiste (www.avenirmutualiste.fr), de l'Union de Gestion des Oeuvres Sociales et Sanitaires (UGOSS - www.ugoss.fr) et de la Mutuelle Solidaire d'Aide à la Personne (MSAP - www.msap.fr)voir tous ses articles