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Elargissement de la plate-forme : "Obésité: Protégeons nos enfants!"

Par Plateforme "Obésité: protégeons nos enfants"

article publié dans la lettre 54

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Publicités télévisées et lutte contre l’obésité infantile : des associations dénoncent les manœuvres du Ministère de la Culture
Voir en annexe la lettre ouverte à Mme Roselyne Bachelot, Ministre de la Santé et des Sports, des sociétés savantes et des experts regroupés dans la pétition de la Société Française de Santé Publique (SFSP)

 

Nous, personnes souffrant d’obésité, de surpoids ou de diabète, parents d’élèves, familles, responsables de restauration scolaire, maîtres cuisiniers, consommateurs... interpellons le Ministère de la Culture pour lui demander de cesser ses entraves à la mise en place des mesures de protection des enfants annoncées par Roselyne BACHELOT.

En février dernier le Ministre de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative annonçait un ensemble de mesures[1] pour lutter contre la progression de l’obésité infantile (activité physique scolaire et périscolaire, restauration scolaire, formation des personnels en contact avec les jeunes...) venant compléter les mesures précédentes en matière d’amélioration de qualité nutritionnelle des aliments.
Dans le domaine marketing télévisé, la Ministre de la Santé demandait à l’industrie agro-alimentaire et aux régies publicitaires des engagements pour cesser la diffusion des publicités pour les produits les plus gras, salés ou sucrés aux heures de grande écoute des enfants. Bien qu’avec retard, les professionnels de l’agro-alimentaire ont depuis défini une position de principe consistant à réserver les publicités aux seuls produits dont l’intérêt nutritionnel est démontré. Il ne restait donc plus qu'à faire définir les profils et les horaires sous la responsabilité des nutritionnistes et des pédiatres pour trouver un accord équilibré.
Contre toute attente, la Direction du Développement des Médias au sein du Ministère de la Culture a rédigé, en catimini, avec les seules régies publicitaires, une charte pour faire barrage à ce projet d’encadrement de la publicité. Cette charte que Christine ALBANEL prévoit de faire avaliser prochainement en réunion interministérielle, sacrifie tout projet d’encadrement publicitaire au profit d’une liste à la Prévert de mesurettes sans intérêt.
Aujourd’hui, 20 (nombre à mettre à jour) sociétés savantes et plus 1500 (nombre à mettre à jour) médecins, nutritionnistes, pédiatres et scientifiques lancent un cri d’alarme[2]. Nous nous associons à leur appel et refusons qu’un dossier de santé publique soit entre les mains des publicitaires. En conséquence, nous demandons :

  • que le Gouvernement reconnaisse la gravité de l’épidémie d’obésité en France,
  • que soit confirmée au niveau interministériel la prééminence du Ministère de la Santé sur ce dossier,
  • que les acteurs professionnels présentent leurs propositions au Ministère de la santé, à l’exclusion de toute autre instance.


Mais dans le cas où les industries alimentaires, les régies publicitaires et le Ministère de la Culture décideraient de maintenir en l’état cette charte notoirement insuffisante, nous demanderons à ce que l’on tire la conclusion de l’échec des tentatives d’autorégulation, et que sans plus tarder les mesures annoncées par Roselyne BACHELOT soient mises en place par la Loi.

Par : Plate-forme : « Obésité : Protégeons nos enfants ! »
Membres à fin juin : AFD ; FCPE ; PEEP ; ANDRM ; CCC ; UFC-Que Choisir, UFAL

 


Annexe : Publicité alimentaire télévisée et enfants : le bon choix

Lettre ouverte à Mme Roselyne Bachelot, Ministre de la Santé et des Sports, des sociétés savantes et des experts regroupés dans la pétition de la Société Française de Santé Publique (SFSP)

Madame la Ministre,
le 4 février 2008, vous avez annoncé le lancement officiel de discussions, associant toutes les parties concernées, visant à supprimer la publicité télévisée pour certains aliments et boissons à destination des enfants. Tous les pédiatres, nutritionnistes, professionnels de santé et scientifiques invités et les représentants des associations citoyennes (parents d’élèves, consommateurs, familiales), conscientes de l’importance de l’enjeu et soucieuses de la santé des enfants ont répondu à votre appel pour avancer dans la discussion et trouver une solution acceptable. Pourtant les diverses réunions organisées au Ministère de la Santé ont été boycottées par les représentants des annonceurs et de l’Industrie agro alimentaire qui y étaient conviés officiellement. Seuls sont venus les représentants des medias concernés, qui, en dehors de toute prise en compte des éléments scientifiques fournis, ont seulement mis en avant les pertes de recettes engendrées par une telle mesure. Il est vrai que les recettes apportées par les publicités alimentaires représentent environ 1,4 milliard d’euros chaque année pour les chaînes de télévision, somme dépensée à plus de 80% pour des aliments dont il est souhaitable de limiter la consommation. En soulevant cette question économique, ils ont nié l’influence de la publicité alimentaire télévisée sur les comportements alimentaires des enfants, les comportements d’achat des parents et leurs conséquences sur l’état nutritionnel et le risque de surpoids et d’obésité des enfants. Comme si les firmes vantant leurs produits investissaient 1,4 milliards d’euros par an à perte ! Il faut être sérieux. Evitons les vaines polémiques qui ont tant retardé les mesures utiles pour limiter l’incitation à fumer.
Les enjeux de santé publique sont suffisamment majeurs pour qu’ils ne soient pas balayés au seul profit des intérêts économiques des chaines des télévisions et des entreprises alimentaires…. C’est ce qu’a rappelé la pétition récente signée par plus de 1500 scientifiques et professionnels de santé confrontés dans leur recherche et leur pratique à cette problématique. Ces spécialistes ont manifesté leur soutien à votre proposition. Ils ont rappelé qu’il n’est pas demandé de supprimer toute publicité alimentaire, mais de limiter certaines d’entre elles, sur tous les créneaux horaires où les enfants sont présents devant la télévision. En effet, il y a plus d’enfants devant la télé aux heures de grande écoute, durant « le prime time » que durant les émissions qui leur sont spécifiquement destinées dans les programmes étiquetés « jeunesse ». Il suffit de regarder les spots des publicités alimentaires pendant la coupe d’Europe de football pour voir à quel point étaient d’ailleurs présents des publicités ciblées vers les enfants.
Madame la Ministre, il ne s’agit d’interdire ou de discréditer aucun aliment, mais les Sociétés savantes, les associations de malades, de consommateurs, familiales et de parents d’élèves signataires de ce texte souhaitent que soit limitée la pression publicitaire incitant les enfants à consommer des aliments dont la consommation dans la population et particulièrement les enfants doit être réduite si l’on veut améliorer l’état de santé.
Les chaînes craignent pour l’équilibre de leur budget. Qu’elles substituent aux publicités pour les aliments gras salés ou sucrés d’autres produits... Il y a surement de nombreuses autres possibilités, puisque les chaînes demandent de rajouter des coupures publicitaires pour faire face à la demande… Quant aux annonceurs et industriels agro-alimentaires, se retirer des écrans TV aux heures ou les enfants regardent (et pas seulement dans les écrans jeunesse, ou ils ne sont pas les plus nombreux….) leur permettra de mettre réellement en pratique ce qu’ils clament haut et fort : leur intérêt pour la santé de leurs consommateurs. A moins que cette déclaration n’ait été …qu’un coup de pub ! Quel est le poids des messages de prévention relayés à la télévision par le Programme National Nutrition Santé (PNNS) avec un budget qui ne représente même pas 0,5 % des investissements publicitaires des firmes agro-alimentaires !

Madame la Ministre de la santé, nous vous apportons notre soutien. Votre proposition est bonne et va dans le sens de l’intérêt de nos enfants et d’une façon générale de nos concitoyens. Vous avez fait appel au sens de la responsabilité citoyenne des entreprises en proposant une autodiscipline rapide des annonceurs. L’auto régulation que vous avez souhaitée n’a pas été possible. Aucune proposition n’a été faite par les industriels pour répondre à votre proposition. Celles faites par les chaînes de télévision et le Ministère de la Culture sont totalement inacceptables.

Vous aviez mentionné le 4 février 2008, que si la négociation échouait, vous demanderiez une Loi. Vous aviez proposé un calendrier qui est maintenant, dont les dates sont, malgré un report, dépassées. Malgré votre ouverture et les conditions de transparence offertes pour la discussion, les opérateurs économiques ont fait la sourde oreille. Nous constatons l’échec de la négociation. Nous enregistrons l’impossibilité d’une auto-discipline des acteurs économiques, acceptable par nous, représentants des professionnels confrontés aux souffrances des enfants et de leurs familles. Pour cette raison, les sociétés savantes signataires demandent, comme vous l’aviez annoncé, que soit promulguée une loi protégeant nos enfants. Les Parlementaires ont d’ailleurs prévu dès à présent un article de Loi dans ce sens.
Madame la Ministre, la Loi demandée ne vise pas à nuire aux chaines de télévision et aux industriels. Elle vise à protéger la santé de nos enfants. Nous comptons sur vous, en charge la santé de Tous, pour garantir par la Loi, la cohérence de la politique nutritionnelle de santé publique qui se développe en France et qui commence à donner ses premiers effets favorables.

Notes

[1] "Nutrition et obésité: nouvelles mesures pour 2008" - 4/02/2008 et le plan "Santé des jeunes" - 27/02/2008

[2] Au-delà de l’image corporelle, l’obésité a des conséquences graves sur la santé: élévation des graisses dans le sang entraînant de nombreux problèmes cardiovasculaires, insuffisances respiratoires, diabètes de type II, augmentation de la pression artérielle. Ainsi, la probabilité d’attaque cérébrale est multipliée par deux dans le cas d’un indice de masse corporel (IMC) supérieur à 30. On calcule également que pour une obésité importante (IMC supérieure à 40), l’espérance de vie peut être réduite de 10 ans.

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