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Par Pascal Barrère
Jeudi 19 juin 2008
article publié dans la lettre 53
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Le gouvernement a adopté le 11 juin dernier, en Conseil des ministres, un projet de loi relatif aux « droits et devoirs » des demandeurs d’emploi, qui devrait être présenté au Parlement à la fin de ce même mois. Ce dispositif devrait prendre effet le 1er janvier 2009, qui est aussi la date de la fusion ANPE-ASSEDIC.
Tout demandeur d’emploi sera contraint d’accepter une réduction de ses exigences en termes de qualité et de rémunération au fil du temps, sous peine de sanction au second refus (deux mois de radiation, donc de suspension de l’allocation chômage).
Le gouvernement crée ainsi une nouvelle notion, l’ « offre raisonnable d’emploi » :
Ce dispositif est qualifié par M. Wauquiez, le Secrétaire d’Etat, « d’engagement entre le demandeur d’emploi et le service public ». Il n’est fait aucune mention d’engagement du troisième acteur, l’employeur. Et pour cause : en fait, il s’agit de contraindre les chômeurs à accepter les offres disponibles aux conditions des entreprises, l’ANPE ne servant qu’à veiller à l’application de la loi.
Comme la rémunération minimale de l’ » offre raisonnable d’emploi » baisse avec le temps, on peut imaginer que la constitution d’un « stock » de chômeurs à l’ANPE permettrait d’augmenter la durée individuelle de la période sans emploi, donc de diminuer le salaire d’embauche, donc de tirer peu à peu les salaires vers le bas. En réalité, ce stock existe déjà, comme le montre le tableau suivant (DARES – 1er trimestre 2008) :

On voit donc que les deux tiers des demandeurs d’emploi devraient accepter un salaire inférieur à celui qui était le leur avant le chômage, dans un emploi de qualification inférieure à leur projet professionnel.
Un pas de plus est franchi tout vers une conception servile du travail, niant toute valeur d’accomplissement personnel qu’une personne peut donner à sa vie professionnelle, et vers un abaissement de la qualité de vie : revenu inférieur, éloignement du lieu de travail, précarité car il n’est fait aucune distinction entre les offres d’emploi en CDI et en CDD.
Les plus favorisés seront encore les plus qualifiés : mieux rémunérés au départ, ils seront mieux indemnisés, leur durée chômage sera moins longue, car la loi Fillon de 2004 leur permettra en priorité de bénéficier de la formation professionnelle continue. Pourtant, les demandeurs d’emploi peu ou non qualifiés représentent en 2008 la moitié des 1 837 000 chômeurs officiels.
Le gouvernement poursuit sa politique néolibérale de l’offre (baisse des contraintes réglementaires et financières sur les entreprises). L’individu seul doit supporter la responsabilité de sa réinsertion professionnelle, et donc s’adapter, alors qu’un équilibre du marché du travail résiderait dans une adéquation réciproque entre employeurs et demandeurs d’emploi, notamment par un développement de la formation, et par la recherche de requalification des emplois problématiques, pénibles, précaires ou mal payés qui sont difficilement pourvus aujourd’hui.
Mais le capitalisme du XXIe siècle n’a pas pour but d’assurer le bien-être de ses salariés, et encore moins de sécuriser la situation de ceux qui ne travaillent pas pour lui. Le mot « solidarité » ne fait pas partie du vocabulaire de M. Sarkozy.
par Pascal Barrère
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