UPL
Par Dominique Mourlane
Jeudi 22 mai 2008
article publié dans la lettre 49
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L’éducation populaire est un système collectif de savoirs et de pratiques, qui, par l’émancipation individuelle et la transformation sociale, élabore des modes pertinents d’accès à la participation citoyenne individuelle et collective ainsi qu’aux responsabilités politiques. Voilà une définition qui pourrait très bien correspondre au travail qu’accomplit l’UFAL.
Avant d’en venir au fond de la problématique et à l’accord que nous pouvons avoir sur notre travail dans ce domaine, nous devons au sein de l'UFAL organiser le travail d’éducation populaire.
Il y a deux règles essentielles à retenir pour pouvoir organiser de manière efficace un travail d’éducation populaire :
Mais avant d’aborder successivement ces deux points il convient de faire un détour historique pour définir un peu mieux les contours de l’éducation populaire.
L’éducation populaire trouve ses arguments fondateurs dans la modernité de la pensée des encyclopédistes du XVIIIe siècle, autour de Denis Diderot et de ceux avec qui ils débattirent, tel Jean-Jacques Rousseau. Pour ces penseurs, l’émancipation sociale et politique de l’homme est un impératif pour l’ensemble de la société, et l’instruction en était l’outil. Les héritiers de la Révolution française instituèrent progressivement, à partir de ce précepte issu des Lumières, une pédagogie de l’enseignement destinée à l’éducation du peuple tout entier, pour sa promotion sociale.

Dominique Mourlane
Je serais tenté de donner deux dates qui marquent les projets initiaux de l’éducation populaire : tout d’abord le " Rapport sur l’instruction " que Marie Jean de Condorcet proposa à l’Assemblée législative en 1792, suivi l’année d’après par le discours que Louis Portiez prononça à la Convention, annonçant ce que devait être la formation de la jeunesse, par les voyages, la défense de l’art, la découverte de la nature, les visites dans les entreprises…
Toutes ces idées ne verront le jour qu’un siècle plus tard, mais les fondations avaient été creusées.
Voici ma définition. Elle ressort de mes différentes lectures et emprunte à divers auteurs : " L’éducation populaire a pour projet l’action collective pour privilégier l’émancipation des personnes. Elle vise à permettre à chaque enfant et à chaque adolescent, à chaque femme et à chaque homme de mettre en œuvre pleinement ses capacités intellectuelles, corporelles et sensibles dans toutes les situations de la vie sociale, économique, culturelle et politique et de participer à la construction d’une société plus juste et plus démocratique. Elle invente, pour cela, des démarches et des méthodes originales, sur la base de positionnements et d’orientations discutées en amont par l’ensemble des participants, fondées sur la découverte par chacun (e) de ses propres potentialités, l’implication des personnes, l’entraînement à la prise de décision, la discussion organisée dans l’espace public, l’exercice de l’esprit critique.
" L’éducation populaire concourt ainsi à la transformation de la société en créant des alternatives éducatives, culturelles, économiques, sociales et politiques dans lesquelles les individus peuvent être co-auteurs de leur devenir. "
Suite à cette définition nous allons suivre une chronologie de la montée en force de l’éducation populaire et de son déclin, ainsi que son renouveau.
1852 : naissance de l’Union Chrétienne de Jeunes Gens (protestante)
1864 : Ière Internationale
1866 : fondation de la Ligue de l’Enseignement
1872 : œuvre des cercles catholiques ouvriers
1881 : lois scolaires Jules Ferry
1884 : loi sur les syndicats
1886 : Association Catholique de la Jeunesse Française (ACJF)
1889 : IIème Internationale
1891 : Encyclique Rerum Novarum (" la question sociale ")
1894 : débuts de l’affaire Dreyfus
1894 : Fédération des Bourses du travail
1894 : Le Sillon de Marc Sangnier
1895 : la CGT
1898 : Ligue des Droits de l’Homme
1898 : Société des Universités populaires
1901 : loi sur les associations
1905 : la SFIO
1906 : Charte d’Amiens
A la fin de la décennie 1900, le terme éducation populaire n’existe pas encore, il est question d’éducation sociale, d’éducation politique, d’éducation ouvrière, etc.
Un point particulier concernant les universités populaires : il était question " d’en faire des institutions d’enseignement politique et social, éducatrices du suffrage universel et instruments de " l’émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes ". La proposition d’Émile Kahn dénote l’ambition de la démarche.
Notons au passage aussi la déclaration de Léon Blum à la Mutualité le 30 juin 1934 sur la mission de la jeune génération " et le démarchage de la jeunesse " : " Nous vivons dans un temps où tout le monde s’arroge le droit de parler au nom de la jeunesse, où tout le monde, en même temps, veut s’emparer de la jeunesse, où on se la dispute, où on se l’arrache. Tous les partis maintenant ont, vis à vis de la jeunesse, leurs démarcheurs ".
Et puis à la sortie de la Seconde guerre mondiale, un OVNI apparu, combattu encore aujourd’hui par le MEDEF et ses représentants : le Conseil National de la Résistance. Il institue " une élite véritable, non de naissance mais de mérite " (15 mars 1944).
Le CNR (Conseil National de la Résistance) inscrit ainsi un paragraphe dans son programme d’action du 15 mars 1944 où il souhaite " que quelle que soit la situation de fortune de leurs parents " et " que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires ". Remarquable motion de synthèse, qui avait l’avantage de définir un champ d’intervention, un public réceptacle des politiques et un objectif politique clair !
Passons rapidement sur la période glorieuse de l’éduc pop avec son promoteur René Capitant, nommé ministre de l’Éducation nationale sous la présidence du Général de Gaulle, le 9 septembre 1944. Le 13 novembre 1944 il créé une nouvelle Direction, dénommée " de la culture populaire et des mouvements de jeunesse ". II précise qu’elle sera pluraliste, qu’elle regroupera la plus grande partie des services de jeunesse et qu’elle s’occupera uniquement " des questions d’ordre éducatif ". Cette dualité n’a certainement pas permis à l’éducation populaire de jouer son rôle plein et entier.
Les guerres intestines au gouvernement de l’époque ont fait le reste. Etait ainsi signée la fin de l’éducation populaire et s’éloignait doucement de la vision qu’en avait Jean Guéhenno à savoir " l’éducation populaire ne peut pas être résolue par une simple Direction ".
En 1948 l’Education populaire est pilotée par la Direction de la Jeunesse et des Sports. Fin de partie et glissement vers l’usage d’un agrément de type label.
Faisons court sur les dates : la JEP (Jeunesse et Education Populaire) pendant les trente glorieuses, le Ministère de la jeunesse et des sports suivent, puis les CREPS, et le CNAJEP qui est le gestionnaire des mouvements d’éducation populaire
Le CNAJEP est né en 1968. Sa date de naissance témoigne des raisons qui ont amené les mouvements de Jeunesse et les associations d’Education populaire appartenant à des horizons très divers, à des familles politiques ou des secteurs d’activités différents à se rencontrer pour ensuite créer un lieu de dialogue et de concertation qui soit l’interlocuteur des pouvoirs publics sur les questions concernant la jeunesse, l’éducation populaire, la formation. En 1974, le CNAJEP s’est élargi à la dimension internationale en fusionnant avec le Comité des relations internationales, le CRIF, devenant ainsi le Comité pour les Relations Nationales et Internationales des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire (voir plus loin).
Comme on peut le voir à travers l’histoire de l’éducation populaire en France, son rôle est émancipateur et a souvent eu un contenu politique, ce qui pourrait nous amener à réfléchir à la frontière entre les associations d’éducation populaire et le politique.
La gestion de la cité demande toujours des compétences dans plusieurs domaines, et une seule personne n’y suffit pas, ou ne devrait pas y suffire.
C’est pourquoi au-delà de la sphère scolaire un apprentissage permanent doit permettre à tout un chacun d’acquérir de nouveaux savoirs, dans différents domaines.
Certains iront approfondir leurs connaissances culturelles, ou philosophiques ou politiques, dans une sphère sans pression quand à l’accession au pouvoir.
Les associations d’éducation populaire n’ont pas vocation à s’emparer du pouvoir, quel qu’il soit, mais à former des individus qui seront en capacité d’exercer leur libre arbitre et de défendre des points de vue avec conviction.
C’est pourquoi il est essentiel que chaque association, organisation d’éducation populaire, puisse définir et exposer son lieu d’intervention et son contenu. Prenons des exemples :
Les MJC - " La MJC constitue un élément essentiel de la vie sociale et culturelle d’un territoire de vie : pays, agglomération, ville, communauté de communes, commune, village, quartier " (art 2 des statuts).
Ouverte à tous, elle offre à la population qui l’entoure la possibilité de prendre conscience de leurs aptitudes, de développer leur personnalité, de se préparer à devenir les citoyens actifs et responsables d’une démocratie vivante. Associations d’éducation populaire, laïques et indépendantes, les MJC agissent en cohérence sur tout le territoire.
Les Francas ont un champ d’action : l’action éducative dans le temps libre des enfants et des adolescents, les loisirs éducatifs ;
- un champ de revendication et de mobilisation : l’éducation ;
- une perspective : " l’Homme et le Citoyen le plus libre possible dans la société la plus démocratique possible ".
Le parti pris de conduire l’action éducative à partir de formes collectives d’accueil et d’animation des enfants et adolescents, est en conformité avec la conception qu’ils ont du "vivre ensemble" et constitue le moyen qui en facilite son apprentissage.
Participer à l’éducation par l’action éducative, ne peut s’envisager sans avoir préalablement exprimé l’idée que l’on se fait de l’Homme et des relations sociales dans lesquelles il est appelé à se projeter. Cela suppose, a minima, l’expression d’une perspective globale de société.
Léo Lagrange - Réseau d’associations d’éducation populaire et employeur de l’économie sociale et solidaire, la Fédération Léo Lagrange, créée en 1950 et reconnue d’utilité publique, s’appuie sur les compétences de milliers de bénévoles et salariés sur tout le territoire. La Fédération Léo Lagrange s’engage à proposer des loisirs et des activités pour permettre à chacun de rendre utile son temps libre et de le mettre au service du progrès social. Le spectre des activités Léo Lagrange est donc large. La Fédération s’adresse à tous les publics (petite enfance, enfance, jeunesse, adultes, en milieu rural et urbain) et ses champs d’action sont nombreux.
A côté de ces associations nationales d’éducation populaire orientées principalement vers les activités en direction de la jeunesse, nous pouvons citer l'UFAL, ATTAC, le Mouvement de la Paix, le Mouvement Jeunes femmes (Albi, 81), entres autres, qui définissent leur champ d’intervention dans un domaine particulier du champ politique :
l'UFAL, une association familiale contre le familialisme
ATTAC, une force de proposition d’alternatives.
Le Mouvement de la Paix, né en 1949 pour s’opposer aux guerres, à l’arme nucléaire et soutenir une forme de relations internationales fondées sur la justice, la démocratie et la coopération entre les peuples.
Le CNAJEP, Comité pour les relations nationales et internationales des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire, regroupe l’ensemble des acteurs de l’éducation populaire. Avec toutes les associations qui le constituent, il œuvre pour la réalisation de l’idéal démocratique. Il considère que la participation du mouvement social à la vie politique, économique, culturelle et sociale est au cœur de la possibilité démocratique.
Le CNAJEP agit, à travers l’éducation, l’innovation et l’intervention sociale, pour et avec les enfants, les jeunes et les adultes, selon un principe d’action qui les met au centre du processus. Il participe ainsi à la prise de conscience du statut de citoyen et à la mise en œuvre des conditions nécessaires pour l’assumer.
Peuvent être membres du CNAJEP, les associations déclarées de Jeunesse et d’Education populaire, à caractère national (ainsi l'UFAL en est devenue membre en 2007). L’admission au CNAJEP est donc dépendante de l’agrément octroyé par l’Etat. Mais si le CNAJEP est une structure en marge de l’appareil d’Etat, cela témoigne que nos différents gouvernements tiennent pour acquis que l’éducation populaire n’a plus sa place dans le schéma d’éducation. Pour autant cela ne veut pas dire que nous ne devons rien faire.
Presque toujours, il y a une définition simple et précise de l’activité qui concerne l’association en question.
Sans véritable visibilité, hors les frictions habituelles dues à la " possession " ou " l’accession " au pouvoir, les différentes portes ouvertes pour entrer dans l’organisation ne permettront pas d’avoir une ligne de conduite qui puisse être efficace vers l’extérieur. Les déchirements internes qui s’éterniseront dans les non-dits seront mortifères.
Pour cela, la structuration est importante dans la composition des statuts, et dans le rôle que chaque lieu se voit attribué en toute clarté. De cela il est question aussi dans l’éducation populaire.
Un espace bien organisé rempli d’un contenu politique certain et transparent sont les garanties d’une action efficace.
Pour être efficace dans les campagnes décidées dans la partie " politique ", il faut une organisation structurée et efficace, car si les rôles ne sont pas bien déterminés, si chacun ne remplit pas son rôle, même la structure la plus honnête ne sera pas en capacité de transmettre ses convictions et de les faire partager, à moins de passer par la forme la plus élémentaire de l’organisation : la " gouroutisation " qui ne tient que tant que le gourou existe et qui est fondamentalement antidémocratique.
Vouloir asseoir une structure bien organisée, assortie d’un contenu politique clair et transparent, lisible par le plus grand nombre, sont les conditions obligatoires, mais non suffisantes, pour qu’une structure d’éducation populaire puisse perdurer.
Cela tient à la volonté de ses membres, pour la plus grande part.
par Dominique Mourlane
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