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Préparation d'une campagne internationale pour inscrire le droit à l'eau dans le cadre du 60e anniversaire de la Déclaration des Droits de l'Homme (10 décembre 2008)

Par L'IERPE

article publié dans la lettre 47

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Ce qui suit rend compte d’une réunion à Bruxelles de nos amis belges de l’IERPE (www. ierpe. eu)
Riccardo Petrella nous informe que la semaine passée le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a refusé de reconnaître l’eau comme droit humain à cause du veto des Etats-Unis et du Canada basé sur deux arguments :

  • la souveraineté des Etats nationaux en cette matière
  • la théorie des coûts qui doivent être couverts par l’utilisateur

L’ONU et ses états membres ont cependant fixé des objectifs plus ou moins ambitieux (objectifs du millénaire, décennie internationale de l’eau) par rapport à l’accès à l’eau et l’assainissement mais depuis 30 ans ne se sont jamais donné les moyens de les réaliser.

Selon Riccardo, la politique de l’eau est vampirisée par les enjeux liés aux changements climatiques. La raréfaction de l’eau est uniquement explicitée par les changements climatiques et non plus par des causes liées au comportement humain. Deux stratégies sont dès lors adoptées : la mitigration et l’adaptation. Pour diminuer les effets, on valorise surtout la technologie (désalinisation de l’eau de mer, grands barrages et stations d’épuration), ce qui permet de légitimer la nécessité du recours au financement privé (même s’il y a des partenariats privé-public) et à la logique du marché. Par ce biais, la politique de l’eau rentre dans le processus de la mondialisation et des lois du marché.
Manifestement les autorités européennes sont favorables à cette vision politique.
La pression par un militantisme plus radical est donc essentielle pour changer les choses.
Chaque participant se présente et donne son point de vue :

  • Green Belgium (Jean-Marc) pense contrairement à Riccardo que les phénomènes de réchauffement climatique, qui vont modifier la répartition de l’eau sur la terre, sont en train de faire bouger les politiques.

Manifestement il est de plus en plus mis en évidence que c’est l’homme qui serait responsable des changements climatiques actuels et qu’une modification de ses comportements s’avère nécessaire. Le principe n’est pas d’aller chercher l’eau ailleurs mais de garder l’eau sur les continents, par des moyens divers : conservation des zones humides, agriculture adaptée pour garder l’eau dans les sols…revenir au cycle naturel : de la terre vers la mer et non l’inverse.
Green est actuellement en partenariat avec le CEVI et France-Liberté pour favoriser le développement d’un réseau européen et Nord/Sud pour renforcer une participation citoyenne dans le sens de "la paix avec l’eau" et ce par la formation (deux axes : recherche d’outils dans les législations européennes, gestion citoyenne de l’eau pour la préserver et la maintenir sur terre). Ce partenariat international est financé par la Commission européenne.

  • Camille fait le constat que la Commission est contradictoire dans ses positions puisque d’une part elle est favorable à la privatisation de l’eau et que d’autre part elle soutient des projets citoyens qui sont pour l’accès à l’eau pour tous et l’eau comme bien commun.
  • Attac (Jean Paul) précise qu’il forme des béninois aux Facultés Notre Dame de Namur aux technologies de l’eau. Il précise qu’au Bénin, actuellement, la politique de l’eau est gérée par les municipalités mais que celles ci n’ayant pas les moyens financiers pour investir dans la technologie il y a un grave danger que les multinationales s’implantent et prennent le relais des pouvoirs publics défaillants.
  • Le groupe AGCS du Forum Social de Belgique défend les services publics face à la privatisation de ceux ci qui se généralise. Les partenariats privé-public s’avèrent bancals car l’Etat finance et entretient tandis que le privé se contente de gérer. Souvent, il n’y a aucune transparence dans ce type de partenariat et c’est finalement le contribuable qui finance tout tandis que le partenaire privé encaisse les bénéfices.
  • Le GRESEA (Xavier) : fait le lien entre justice sociale et politique de l’eau. En fait, la dette publique est payée par le contribuable dans le prix de l’eau.
  • La FGTB (Laurent) : se donne pour mission de sensibiliser au droit à l’eau pour tous au sein de l’organisation syndicale. Quelles nouvelles stratégies adopter pour sauvegarder les droits bafoués, comment lutter contre les diverses privatisations en tous genres ?
  • Le CNCD (Oumou) : défend le caractère public tel que l’eau. Elle insiste sur la nécessité d’une unité de combat entre le Nord et le Sud et d’un discours commun. Le Conseil Wallonie Bruxelles met l’eau en avant dans ses études sur les objectifs du millénaire. Elle propose dès lors de resserrer les liens avec la plateforme "souveraineté alimentaire" où les ONG font pression sur l’ONU pour réaliser les objectifs du millénaire. Au niveau local l’action est menée avec les villes, les communes mais aussi dans les entreprises.

Le CNCD avec différentes ONG et d’autres partenaires ont pu, par ailleurs, convaincre Evelyne Uyttebrœck, Ministre bruxelloise responsable de la politique de l’eau, de prélever un petit montant sur les factures d’eau des usagers pour des projets de solidarité Nord-Sud.
Elle propose de resserrer les liens avec la plateforme "souveraineté alimentaire" où les ONG font pression sur l’ONU pour réaliser les objectifs du millénaire.

  • Le CADTM (Virginie) : qui est active au niveau de la dette du Tiers Monde estime qu’il ne faut pas isoler l’eau du reste des autres problématiques. Elle serait plutôt favorable à des actions dans des cadres plus larges. Notamment pour le 10 juin, il faudrait selon elle, conjuguer les actions et efforts des associations sur tous les droits.

Attac-BXL1 (Françis) : présente la campagne internationale d’ATTAC qui dénonce le Traité de Lisbonne. Celui ci met fin à la notion de service public et transforme celui ci en service économique d’intérêt général ce qui signifie ouverture au secteur privé et donc privatisation de la majorité des services publics. Il estime que l’eau est indissociable des problèmes climatiques. Mais aussi de la notion de justice sociale. Il est prévu qu’il faudra faire 50 % d’économie d’énergie en 2020 mais il est évident qu’une simple modification des attitudes individuelles sera insuffisante et constitue une vaste imposture car le marché lui continuera à chercher un taux de profit maximal tout en culpabilisant les pays du Sud pour leur politique énergétique. Il faut donc à tout prix restituer la validité des solutions publiques au Nord comme au Sud.

  • Pietro, comme artiste, s’est engagé en écrivant l’Eau du Loup et en sensibilisant les réseaux artistiques par la charte mondiale des artistes pour l’eau.
  • Riccardo espère que les artistes mettront leur imagination au service de la cause en prenant place dans le mouvement sans être, ni se sentir instrumentalisés.
  • Compagnie Blast (Hélène) : présente le travail de la compagnie qui, à travers diverses animations artistiques (conte, théâtre Se pose ensuite la question de savoir si le droit à l’eau est inscrit dans la Déclaration, cela va-t-il changer la politique des Etats ?
  • Pour Kim il faut amplifier la participation citoyenne car ce sont les citoyens et mouvements sociaux qui, en mettant la pression, peuvent devenir les premiers acteurs du changement.

Inscription du droit à l’eau dans la constitution belge.

Suite à l’AMECE, des ONG et des élus se sont engagés à essayer d’inscrire le droit à l’eau dans les constitutions nationales. Camille et Kim, ont pris rendez-vous avec Cécile Laurent, collaboratrice du sénateur Philippe Mahoux, qui a fait une proposition de révision de l’article 23 de la constitution en vue de le compléter par un alinéa garantissant le droit à l’eau.
Pour certains juristes il n’était pas permis d’ajouter ce point tandis que d’autres n’y voyaient pas d’opposition. Selon Cécile Laurent il serait utile de contacter d’autres politiques pour relancer le débat et tenter d’obtenir gain de cause.
Riccardo confirme que le droit européen prime sur le droit belge. Kim propose de contacter des responsables politiques des partis de "gauche" pour connaître leurs réactions tant à cette modification de la Constitution que par rapport au Traité de Rome.

Les perspectives

Cette plateforme eau qui s’appellerait éventuellement Eureauparticipation s’organiserait autour de 3 axes : la formation, la participation et l’imaginaire.
Ce serait plutôt une association de fait. Souple et la plus horizontale et indépendante possible.
Riccardo nous informe aussi d’une grande conférence "Faire la paix avec l’Eau"AMECE 2009 qu’il coorganise les 5 et 6 février 2009 au Parlement Européen en collaboration notamment avec Michael Gorbatchev.

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