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La sale médecine de la droite réactionnaire et dogmatique!

Par Christian Gaudray

article publié dans la lettre 44

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Arc-boutés sur leurs positions conservatrices face à la supplique de Chantal Sébire, les ténors de la droite se sont aventurés sur le terrain médical pour chercher à masquer leur dogmatisme et leur complet décalage avec la population, mais aussi avec le Comité consultatif national d’éthique.

Commençons par le premier ministre. François Fillon a conseillé à Chantal Sébire de se faire mettre dans un coma artificiel en attendant la mort. L’avantage immédiat, c’est que cela l'aurait empêché de parler. Bien joué Fillon ! Mais le problème, c’est que Chantal Sébire a été courageuse, qu’elle a voulu affronter sa maladie jusqu’au bout, et qu’elle a décidé de médiatiser son cas personnel pour dénoncer les insuffisances et l’hypocrisie de la loi Leonetti sur la fin de vie, en sachant bien que rien ne changera de son vivant, mais en espérant que son action débouchera sur une évolution de la loi pour les autres.

Continuons par l’icône du courant traditionaliste catholique, la voix de son pape, Christine Boutin. « Nous allons vers une société barbare » lance-t-elle ! Comme si la barbarie n’était pas que la société prive de sa liberté ultime une personne qui endure d’atroces souffrances, qui se sait condamnée par la maladie, et que les vrais médecins ne peuvent plus soulager efficacement. Pire, l’égérie de la droite provie et homophobe se dit « scandalisée qu'on puisse envisager de donner la mort à cette femme parce qu'elle souffre et qu'elle est difforme ». Y-aurait-il donc un complot (encore un !) de mécréants qui aurait « envisagé » de tuer une femme par idéologie humaniste ? Mais le summum est à venir : « Mais pourquoi ne peut-elle plus vivre ? Parce qu'elle dit qu'elle souffre mais il y a les médicaments qui peuvent empêcher cette souffrance, parce qu'elle est difforme mais la dignité d'une personne va au-delà de l'esthétique de cette personne », « apparemment, vous la voyez dans le Parisien, assise, cette femme, mis à part son visage qui est bouleversant, elle semble en parfait état physique ». Chantal Sébire était au bord de la rupture tant ses souffrances étaient insupportables, elle ne tolérait pas les morphiniques, et son apparence était devenue le cadet de ses soucis face à la douleur. Elle avait d’ailleurs tenu à répondre à la ministre : « Ce n'est pas la difformité de mon visage qui me dérange, j'en ai strictement rien à faire, et que si je mène ce combat, c'est parce que la souffrance est telle que je demande de l'aide. Je souhaite à madame Boutin, sans aucune méchanceté, qu'elle endure ce que j'endure simplement 24 heures ».
Rarement donc le mépris aura atteint un tel niveau dans la bouche d’un ministre en exercice, la compassion n’est décidément plus une valeur des grenouilles de bénitier. Qu’on se le dise, Boutin est en mission et peu importent les énormités qu’elle est amenée à prononcer pourvu qu’elle défende la doxa vaticane. Voila bien le vrai visage des valeurs de Boutin, au nom desquelles elle n’a pas hésité pas à insulter une femme détruite par la maladie.

Venons-en au président de la République. Nicolas Sarkozy a proposé à Chantal Sébire de venir à Paris rencontrer un collège de médecins pour un nouvel avis médical. Comme si dans notre pays une personne atteinte d’une pathologie aussi rare et grave n’avait pas reçu les meilleurs soins, comme ci les médecins de province ne valaient pas ceux de Paris. Quel bel aveu de l’opinion que Sarkozy se fait de notre médecine. Pas de chance pour lui, qui aurait eu là une occasion de faire une émouvante photo, Chantal Sébire a décliné l’invitation, pas convaincue, pas en état de se déplacer (le « parfait état physique » de Boutin).

Finissons avec Jean Leonetti, le médecin député à l’origine de la loi de 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, pour qui l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité) utilise et instrumentalise des personnes souffrantes. C’est sûr que des cas comme celui de Chantal Sébire, qui démontrent de façon criante les insuffisances de la loi de 2005, sont le cauchemar de Leonetti, lui qui avait pour mission de pondre une loi Canada Dry, satisfaisant les cléricaux, et faisant croire que tous les problèmes de la fin de vie seraient résolus. Ne lui en déplaise, la décision de médiatiser son cas revient à Chantal Sébire seule, et heureusement que l’ADMD a été à ses côtés pour la soutenir, car si elle avait dû compter sur ceux qui nous gouvernent… Le bon docteur Leonetti s'est fait sentencieux : « elle n’utilise pas toutes les possibilités offertes par la loi, comme la mise en pratique du "double effet". Il s'agit de l'administration légale d'une surdose d'antalgiques à un malade en phase terminale. Ce qui a pour effet secondaire prévisible, mais non recherché, de hâter le décès ». Beau résumé de l’hypocrisie de la loi qui porte son nom. Il a recommandé donc activement l’euthanasie passive. Encore raté, Chantal Sébire n’était pas en « phase terminale » et elle refusait justement l’hypocrisie que lui imposent ceux qui empêchent d’accéder au dernier droit à conquérir dans notre pays, celui de mourir dans la dignité.

Après tous ces bons conseils des apprentis docteurs qui nous gouvernent, Chantal Sébire, qui refusait toute action illégale, s’en est allée. Elle ne souffre plus, son calvaire est terminé.
Son courage force l’admiration. Les souffrances qu’elle a endurées réclament la compassion. Le combat qu’elle a eu la force de mener mérite le respect : laissez en paix le corps de Chantal Sébire et sa famille !

par Christian Gaudray
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