Édito
Par Bernard TEPER
Lundi 21 avril 2008
article publié dans la lettre 46
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La France semblait résister à cette nouvelle alliance du néolibéralisme avec les communautaristes et les intégristes de tous poils. Et, puis, l’élection de Nicolas Sarkozy nous a précipité directement dans le "nouveau monde", celui de Bush, Berlusconi et consorts. Finis les compromis d’hier. Comme le dit si bien Denis Kessler, ancien numéro 2 du MEDEF, dans la revue Challenges (4/10/2007), il devient clair que le but du gouvernement français est la déconstruction méthodique de tout le compromis social français issu de la résistance.
La France est aujourd’hui en totale phase avec la gouvernance mondiale du turbocapitalisme actuel. Ses déclarations sur la supériorité de l’homme d’église sur l’instituteur, sur la supériorité des religions sur les autres convictions, ses déclarations anti-laïques de Latran, de Ryad, du CRIF contre la loi de 1905 ne font qu’accompagner les déclarations et les actions de ses proches : sa directrice de cabinet favorable à l’Eglise de scientologie, son gouvernement qui a accélère le processus de marchandisation et de privatisation de toutes les activités humaines en commençant par les services publics de la protection sociale, de l’éducation, etc. On devait s’y attendre : tout était déjà écrit dans son livre publié en 2004, intitulé : " Les religions, la république et l’espérance". Mais force est de constater que son anti-laïcité ne reste pas seulement actif dans le domaine idéologique et religieux, mais aussi dans le domaine institutionnel (soutien au traité de Lisbonne anti-laïque et anti-social, soutien à l’article 89 de la loi du 13 août 2004 combattu par les maires ruraux, lancement après la commission Machelon anti-loi 1905, d’une commission sur la récriture du préambule de la Constitution) et surtout dans le domaine économique (accélération de la marchandisation et de la privatisation des services publics). Car la laïcité, séparation de la sphère publique (lieux de délibération politique et lieux de formation et de constitution du droit et des libertés) et de la sphère privée de la société civile, doit autant combattre les signes religieux à l’école que les lits et consultations privés à l’hôpital, par exemple !
Comprenons néanmoins, que ces attaques anti-laïques et anti-sociales font partie d’un mouvement d’ensemble lié à la globalisation financière mondiale. C’est pourquoi nous avons besoin d’internationaliser l’alliance du combat laïque et du combat social. Les avancées laïques portugaises liées à la révolution des œillets en 1974, les avancées suédoises liées à la nouvelle constitution en vigueur depuis le 1er janvier 2000, le débat laïque en Turquie, les déclarations d’Evo Morales en Bolivie sur la nécessité d’une loi de séparation des églises et de l’Etat, la lutte au Canada contre les tribunaux religieux en première instance, les avancées légales pour les fins de vie en Belgique et en Suisse, les batailles qui lient féminisme et laïcité dans le monde entier y compris dans les pays arables et musulmans, autant de points d’appui pour le combat social et politique. C’est Jean Jaurès en son temps qui a montré pourquoi le vote de la loi de séparation des églises et de l’Etat promulgué le 9 décembre 1905 a permis le développement ultérieur des luttes sociales en supprimant la segmentation des couches populaires et du peuple. Nous devons reprendre cette idée qui globalise les combats laïque, féministe, social et écologique. Nous devons montrer que seule la liaison du combat laïque et du combat social évite la segmentation du peuple dans la lutte. Sans cette liaison, nous resterons dans l’impasse car nous ne serons pas à la hauteur des enjeux posés par la globalisation financière mondiale. Nous le voyons bien, malgré la victoire du 29 mai 2005 contre le traité constitutionnel européen, nous n’avons pas pu enrayer la marche des politiques néolibérales et communautaristes. C’est par cette liaison entre les combats et par la globalisation des luttes que nous serons demain plus à même d’offrir une résistance et de produire une alternative à cette globalisation financière.
par Bernard TEPER
Président de l'UFALvoir tous ses articles