Laïcité
Par Vincent Causse
Mercredi 9 janvier 2008
article publié dans la lettre 38
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Dans son discours du 20 décembre dernier, notre président s'est permis de dire : « Ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d'intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent.» (...)
« Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »
Est-il acceptable qu'un président de la République puisse se permettre un tel discours ? Retirer dans le même texte à un incroyant la possibilité d'être un vecteur d'espoir et à un instituteur d'être un transmetteur de valeur, il fallait quand même oser. Mais peut être est-ce plus sûr, moins inquiétant, car après tout, les « valeurs » portées par le curé ou le pasteur sont dogmatiques, inaliénables et indiscutables. C'est une idée qu'il faut creuser ou plutôt ressortir de son chapeau. En effet, quoi de plus facile que de faire voter une loi si elle est la volonté de dieu dans une peuplade entièrement dévouée à ce dernier.
Raisonnablement, je ne crois pas que l'on puisse prétendre comme d'aucuns le disent que « c'est là déjà que Nicolas 1er pointe sous Sarkozy ». Je ne prétexterais pour ma part que l'excuse d'ignorance. La question reste alors entière : cette erreur est-elle acceptable quand c'est un président de la République qui la commet ?
Je pense que l'instituteur peut être le vecteur de la plus grande des valeurs, celle de pouvoir remettre en questions toutes les autres pour ensuite les rapprocher des valeurs universelles, ou les laisser en suspend ou encore de les rejeter pour les rendre immorales et injustes. Je pense que l'instituteur ne doit pas se «rapprocher du curé ou du pasteur » parce que leur conception diverge radicalement de par leur approche. Je suis intimement convaincu que l’esprit critique est la reine des valeurs parce qu'elle est à l'origine de tout, de tout ce qui construit le citoyen, l'Homme, le penseur. J’estime que le curé ou le pasteur, ne sont pas a proprement parlé les mieux placés pour inculquer cette valeur aux futurs citoyens. Une règle, un compromis, un aspect de l'intérêt général qui va à l'encontre de mon intérêt particulier me paraissent plus acceptables si j'en comprends les tenants et les aboutissants que si je les apprends en litanie.
A mon sens un citoyen doit pouvoir s'extraire de ses particularités religieuses, ethniques, sociales, culturelles, sexuelles afin de créer une société construite sur la raison et non pas sur le dogme dans le simple objectif de la rendre sinon parfaite au moins tendant vers l'universel.
par Vincent Causse
Président de l'Amicale Laïque de Bagnols.(30), instituteurvoir tous ses articles