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n°125 - 26 septembre 2007
Sommaire
Que vient faire le niveau-de-l'école-qui-monte dans une revue laïque ? Quel est le rapport entre les discussions pédagogiques et la défense de la laïcité ?
Une revue d'une association familiale se préoccupe à juste titre de l'intérêt des familles, des enfants et des jeunes. Celui-ci ne doit être soumis ni à la logique marchande, ni aux intérêts communautaristes qui désagrègent la république. Or, le meilleur moyen de la liberté des citoyens est l'acquisition à l'école d'un jugement sain, et indépendant, des connaissances permettant la maîtrise du monde, d'un savoir que l'on peut prouver devant n'importe qui, en toutes conditions, qui transcende les croyances et les dogmes : nous rejoignons ici tout naturellement l'idéal laïque.
L'école a-t-elle assuré de façon certaine cette éducation à l'indépendance de pensée ? Sans mentir sur la nature des connaissances? Rien n'est moins sûr.
Le Secteur École De L'UFAL
« Le niveau monte » avaient dit Baudelot et Establet en 1989.
Nous ne résistons pas au plaisir de citer l'actuel ministre de l'Education nationale dans l'ouvrage qu'il écrivit en 2000, L'art d'apprendre à ignorer (nous aimerions d'ailleurs que monsieur le ministre n'ignore pas ce que lui-même écrivit) :
Le sommet du sophisme, on s'en souvient, reste l'insurpassable Le niveau monte, déjà évoqué, savante ânerie, contredite, on l'a vu, par toutes les études objectives, y compris d'ailleurs par l'institution. Le Conseil national des programmes, présidé par Luc Ferry, dans un rapport de juillet 1995 avoue : « La comparaison entre les élèves passant le certificat d'études dans les années 1920 et ceux d'aujourd'hui, confirme sur les deux registres, lire/écrire et calcul, ce qu'il faut bien appeler une baisse de niveau. » De même, les évaluations annuelles fournies par l'ex-direction de l'Evaluation et de la prospective, devenue direction de la programmation et du développement : à la rentrée 1998, nouvelle évidence, elle constate en 6e que presque deux fois plus d'élèves qu'en 1992 ne maîtrisent pas les bases en lecture, et que pour les mathématiques, 38% des élèves ne maîtrisent pas les compétences de base en techniques opératoires, alors qu'ils n'étaient que 17% en 1992. Si ce n'est pas là une tendance à la baisse, comment faut-il nommer ce phénomène ?
Le discours du niveau qui monte a été souvent repris à la fois par certains sociologues, la plupart des syndicats enseignants, les partis dits de gauche, et jusqu'à récemment par les publications du ministère.
Le niveau, mais lequel ? De quel niveau s'agit-il là ? Poser cette question, c'est déjà soulever la controverse, voire la colère de certains lecteurs.
En effet, l'on attendrait que l'expression signifie que les élèves dans leur très grande majorité savent plus qu'avant, c'est-à-dire au moins toutes les connaissances des générations précédentes, et d'autres, plus récentes. Il est facile de prouver que ce n'est pas le cas (voir les références données par X. Darcos), alors on rétorque que les élèves actuels, "qui ont changé", savent autre chose, non pas en plus, mais "à côté". L'usage d'internet par exemple. Mais des élèves en difficulté de lecture sont encore plus en peine de compréhension dans la floraison de la lecture d'un hypertexte, que dans un livre bien ordonné.
Les partisans du niveau qui monte, Dubet par exemple, avancent l'augmentation du taux de réussite au baccalauréat : ils veulent ignorer les sujets, les barèmes et les consignes de correction, dont nous avons déjà parlé, qui ôtent toute valeur de certification à cet examen (comme à d'autres). On ne rend pas service aux élèves en leur décernant un papier dévalué ; le mensonge sur commande officielle, les taux de réussite imposés par le ministre, fonctionnent comme l'opium du peuple.
Isabelle Voltaire
Une publication récente et officielle, le rapport du Haut Conseil de l'Education sur l'école primaire, déplore le pourcentage préoccupant d'élèves en difficulté de lecture à l'entrée en sixième (40%). Une grande abondance de livres et articles de journaux sur les problèmes de l'école a précédé ce rapport, et confirme ou précise ses préoccupations.
L'un des derniers articles en date est le dossier dans le Nouvel Observateur de début septembre :
"Longtemps, cette dénonciation a été le fait d'un petit noyau de vieux réactionnaires pleurant un âge d'or perdu. On les chambrait ? On ne peut plus. Le mal touche trop d'enfants. Année après année, près de la moitié des élèves qui entrent en sixième maîtrisent mal leur propre langue. Et ce ne sont pas quelques grognards qui inventent ces chiffres. Mais l'institution elle-même qui tire la sonnette d'alarme depuis quelques années. Avec en point d'orgue ce rapport accablant sur l'école primaire que le Haut Conseil de l'Education, une instance consultative créée en 2005, a remis il y a quelques jours au président de la République."
Certains lecteurs de cette revue se sont étonnés de son revirement, car jusque-là elle était essentiellement occupée à se gausser des "réactionnaires", et maintenant elle fait amende honorable, ce que nous notons avec intérêt.
Les instituteurs compétents et consciencieux, loin de protester contre cet article, le confirment de fait ; par exemple une de nos correspondantes, J.I. de Villeurbanne :
"Oui, les élèves font des fautes, les étudiants aussi: ma propre petite-fille (22 ans) m'a fait corriger son mémoire de licence et a été étonnée que le texte que je lui ai renvoyé soit bariolé de rouge : du coup, je lui donne des cours d'orthographe par internet. (...)
Le problème est devenu crucial quand tous les élèves de 11 ou 12 ans sont passés en 6e. (...)
Je l'ai constaté avec certains de mes anciens élèves qui revenaient me voir et semblaient avoir perdu ce que je leur avais enseigné : ils écrivent à toute allure des devoirs bourrés de fautes jamais corrigées et finissent par mépriser l'orthographe (et ne parlons même pas des SMS que j'ai du mal à déchiffrer quand mon petit fils m'écrit).
Et j'en corrige tous les jours dans tous les journaux et les livres.
Mais ce travail de fourmi demande du temps et de la patience.
Une institutrice retraitée , devenue professeur des écoles"
Une question s'impose : pourquoi le système scolaire a-t-il laissé arriver jusqu'en licence quelqu'un qui écrit le français de façon si incertaine ? Remercions le dévouement (familial ...) de l'institutrice retraitée qui donne des cours d'orthographe par internet, mais c'est bien la preuve qu'ils sont nécessaires, et que l'indignation de l'article du Nouvel Observateur est justifiée !
Nous avons cependant un regret à propos de cet article : s'il parle avec précision et détails des fautes d'orthographe, de grammaire, de compréhension générale du français, il oublie les difficultés et les lacunes en mathématiques et sciences, faisant comme Philippe Meirieu qui affirmait que "c'est vrai en français ça ne va pas, mais en math ils sont bons". C'est faux.
Petite anecdote à mon domicile, un exemple entre mille : un apprenti (vingt ans, charmant au demeurant, français de souche hexagonal aux yeux bleus, il est peut-être utile de le préciser) est chargé de scier par moitié une planche qui mesure 2,88 mètres ; il prend la scie, puis reste immobile et muet ; l'ouvrier plus âgé, expérimenté, lui demande : "Eh bien ? tu n'as rien appris à l'école ?" Silence. J'interviens : "La moitié de 2, c'est 1, la moitié de 8 est 4, la moitié de 8 est 4, donc ça fait 1,44 mètre. C'est simple, il n'y a pas de retenue ..." Voilà où nous en sommes, pour une petite incursion de calcul élémentaire dans un travail non intellectuel, facile. Qu'aurait fait l'apprenti seul ? quelle est sa possibilité d'autonomie dans son travail ? Peut-on l'envoyer seul sur un chantier, s'il est arrêté aussitôt qu'il doit faire une addition ou une division, même de cette simplicité ?
Parmi les preuves du mauvais état des connaissances en sciences des élèves, y compris des bacheliers S, citons la diminution sévère du nombre d'étudiants en mathématiques et physique, qui inquiète au ministère, mais les réponses sont les plus mauvaises possibles : aggraver le mensonge sur le bac par une manipulation des barèmes, inventer des descriptions et des raisons fantaisistes à cette désaffection (le rapport Porchet sur les jeunes et les études scientifiques, 2002 : la situation a empiré, depuis). Et envisager une nouvelle forme d'exploitation coloniale, en empruntant des travailleurs scientifiques aux pays qui n'ont pas encore renoncé à enseigner correctement les mathématiques à leurs jeunes : l'Inde, la Chine, Singapour, etc.
Non, le niveau ne monte pas.
Aimery Narbonne
La matinée est belle, l'ambiance est détendue. Madame le Proviseur accueille, en ce jour de pré-rentrée, les 175 professeurs d'un lycée de banlieue parisienne. Les politesses d'usage et les bons voeux passés, Madame le Proviseur annonce fièrement les résultats du baccalauréat, qui, dans cet établissement chic, flirtent avec les 100 %.
Madame le Proviseur exulte : elle inflige là la preuve incontestable que « la redoublance pédagogique est inefficace ». Madame le Proviseur est un bon soldat : elle met un point d'honneur à réduire drastiquement le nombre de redoublements en classe de seconde. Elle est bien vue du rectorat. Des parents d'élèves, aussi, avec qui elle fait front commun contre les mauvais coucheurs. Il faut dire qu'au moment des conseils de classe, Madame le Proviseur a souvent maille à partir avec ses professeurs : il existe encore, au sein de son établissement, des grincheux qui s'insurgent contre le passage en première d'élèves qui n'obtiennent la moyenne ni en français, ni en mathématiques. Il y a même de vieux chnoques qui s'indignent encore du passage automatique en classe de Terminale. Au diable les ringards qui veulent gaspiller l'argent public ! Triomphe de Madame le Proviseur : « Même le petit Durand l'a décroché, son bac ! ». Clin d'oeil à ma collègue de mathématiques : « Vous savez, celui dont vous disiez qu'il n'avait pas sa place en Terminale S et que vous vouliez faire redoubler ! ». Grognements dans la salle : « Comment voulez-vous que les élèves nous respectent si vous opposez ce discours comptable aux avis que nous formulons en conseil de classe ! ». Un collègue d'allemand prend la parole : « J'enseigne dans cet établissement depuis 1978. J'ai constaté l'évolution déplorable de ces dernières années : nous commençons à avoir du mal à obtenir le silence dans certaines classes, de plus en plus d'élèves affichent un mépris souverain envers l'effort et le travail ! ». L'assistance se divise : une belle âme évoque avec chaleur « la nécessité de travailler tous ensemble pour la réussite de notre mission éducative et pour le bien de nos élèves ». Un râleur laisse échapper, excédé : « Et puis c'est quoi cette novlangue ? « Redoublance pédagogique » ? On se croirait à l'IUFM ! ». Madame le Proviseur ne sourit plus. Elle demande le silence. On ne l'écoute plus. Moi qui, comme chaque année, m'attendais à assister à une grand-messe soporifique, j'exulte. Moi qui pensais mes collègues résignés, me voici réconciliée avec la « corporation enseignante ». Les professeurs qui corrigent le baccalauréat savent très bien que le nombre croissant de bacheliers nécessite, chaque année, de subtils arrangements dans la mise en place des barêmes et des conseils avisés dans la correction des copies. La chose est désormais suffisamment connue pour que plus personne ne se risque à en conclure que « le niveau monte ». Elle est devenue si habituelle qu'elle ne suscite guère plus, chez les collègues, que des soupirs et des haussements d'épaules. Ces passions tristes contrastaient avec la revigotante cacophonie qu'avait déclenchée, en ce beau jour de pré-rentrée, la « redoublance pédagogique ». « C'est bien, me suis-je dit en quittant la salle, le cave se rebiffe ».
Emilie Arouet
Nos lecteurs et collègues ont peut-être lu la Lettre aux éducateurs, du président de la république, envoyée à domicile et à grands frais chez tous les enseignants, pour un coût d'environ 500 000 euros.... alors que le texte était sur internet et faisait déjà fleurir les commentaires perplexes ou courroucés. La moindre des critiques portant sur la somme gaspillée, qui eût certainement été mieux employée en bourses d'études, entretien de bibliothèques, et autres dépenses plus utiles.
Nous avons reçu en commentaire le communiqué de presse de la fédération de syndicats EIL:
LA « LETTRE AUX ÉDUCATEURS » : VERS QUELLE ÉCOLE DE LA RÉPUBLIQUE ?
Le Président de la République souhaite montrer l’importance qu’il attache à l’école en s’adressant aux éducateurs. Il envisage une véritable refondation du système éducatif. Il redéfinit le rôle de l’éducation, rappelle l’obligation d’éduquer au « respect », au « goût de l’effort ». Il revendique qu’une plus grande place soit accordée à la culture générale. Pédagogue, il souhaite une école, laïque, « parce que la laïcité est à mes yeux un principe de respect mutuel et parce qu'elle ouvre un espace de dialogue et de paix entre les religions, parce qu'elle est le plus sûr moyen de lutter contre la tentation de l'enfermement religieux », une école ouverte sur « les autres mondes », qui « aide les enfants à devenir des adultes », donnant « à chacun une plus grande chance de réussir » et, tirant un trait sur le passé propose de « poser les principes de l’éducation du XXIème siècle », et il n’oublie pas les professeurs dont il reconnaît les qualités, pour qui il souhaite « une reconnaissance plus grande » et pour qui il propose de « revaloriser les carrières ».
Qui ne souscrirait à ces valeurs ?
Toutefois des inquiétudes pointent derrière l’École que le Président décrit.
Affirmer que « nul ne doit entrer en 6e s’il n’a pas fait la preuve qu’il était capable de suivre l’enseignement du collège » et que « nul ne doit entrer en seconde s'il n'a pas fait la preuve qu'il était capable de suivre l'enseignement du lycée et le baccalauréat doit prouver la capacité à suivre un enseignement supérieur », cela ne sous-entendrait-il pas la mise en place d’une sélection à l’entrée en 6e, en seconde, et à l’université ? Auquel cas, ce serait contraire à l’humanisme qu’il revendique, et surtout contraire à notre conception du rôle de l’École. Il est préférable de lutter contre les risques d’échec, en reconnaissant, par exemple, l’égale dignité entre les différentes voies de formation, y compris au niveau du cycle du collège. Il faut permettre ainsi, à chaque jeune, d’aller au maximum de ses possibilités ce qui semblerait être la logique du Premier personnage de l’État.
Au lieu de se contenter de proposer que la société « demande des comptes (aux parents dont les enfants manquent la classe) et que « les aides … accordées puissent être placées sous tutelle », ce qui passerait pour une sanction pour les familles, il est souhaitable de rechercher des solutions aux problèmes rencontrés par ces familles.
Scolariser les enfants en grande difficulté et les enfants handicapés avec « tous les autres enfants », « pour que les autres enfants s'enrichissent de cette différence », ne suffit pas. Développer une véritable politique pour les enfants handicapés, c’est aussi maintenir et développer les sections d’AIS (SEGPA et EREA) et d’intégration (UPI) qui sont les seuls réels vecteurs d’insertion et de poursuite d’études pour des jeunes en grande difficulté.
Quant aux personnels, le Président de la République semble oublier l’existence, au sein des équipes éducatives, des non enseignants. Pas un mot sur leur dévouement, rien sur la dégradation continue de leurs conditions de travail… Rien sur une véritable revalorisation financière des carrières, alors que les personnels connaissent de fortes pertes de pouvoir d’achat.
Il est difficile de croire à la « revalorisation du métier d’enseignant » alors que plus de 11 000 postes seront supprimés à la rentrée prochaine, 22 000 l’année suivante, que les recrutements seront réduits, qu’il est demandé de travailler plus en rémunérant uniquement en heures supplémentaires, sans revalorisation de salaire, avec un plus grand nombre d’élèves, - puisqu’il est envisagé de réduire leurs horaires-, et que, dans le même temps les garanties statutaires, présentées comme un « carcan » qu’il faut « ouvrir », seront réduites, laissant la place à la précarité. Les charges de travail des personnels, enseignants comme non enseignants, s’accroissent, et le budget de l’Éducation, lui, va décroître, participant au désengagement de l’État du service public.
Refonder l’École de la République, ce n’est pas réduire ses moyens alors que les communes sont contraintes de dépenser plus pour les écoles privées, au risque de relancer la guerre scolaire… Ce n’est pas non plus laisser partir à la rue tous les ans 200 000 élèves sans aucun diplôme. Refonder l’École de la République, c’est accueillir tous les élèves au sein d’un service public et laïque d’éducation proposant des formations leur permettant une intégration professionnelle, économique et sociale réussie au sein de la société. C’est offrir à tous les mêmes possibilités d’insertion sociale pour que l’École de la République remplisse son rôle de garante de l’égalité des chances et de l’égalité des droits.
Syndicats EIL Fédérés Unitaires
Nos camarades s'inquiètent de la déclaration présidentielle : " nul ne doit entrer en 6e s’il n’a pas fait la preuve qu’il était capable de suivre l’enseignement du collège", la considérant comme une menace de sélection.
Ils ont tort, à plusieurs égards.
Ils ne reflètent pas le sentiment des enseignants, qui dans leur immense majorité, au contraire, seraient extrêmement heureux que le système scolaire soit plus rigoureux, ne laisse pas passer en sixième 40% d'élèves incapables de comprendre un texte simple (voir ci-dessus), et voués à l'échec.
Mais ce n'est pas ainsi que cela se passe : la réalité de l'organisation scolaire, des textes réglementaires, des processus d'orientation et de passage de classe, sont tout le contraire du discours présidentiel, qui n'est donc qu'un tissu de mensonges. La seule réalité palpable pour les enseignants, c'est la façon dont on leur intime l'ordre de faire passer les élèves quel que soit leur niveau (qui ne monte pas ...), parce que la logique du système, depuis la rapport Andrieu qui a précédé la loi Jospin (non abrogée, mais poursuivie par la loi Fillon), est de supprimer les redoublements sous prétexte qu'ils coûtent cher. En ces temps de volonté de restriction du nombre d'heures de cours, du nombre de fonctionnaires (voir un autre passage de la lettre présidentielle), seuls les gogos crédules croiront la fable "nul ne doit entrer en 6e s’il n’a pas fait la preuve qu’il était capable de suivre l’enseignement du collège". Aucun enseignant en exercice conscient de ce qui se passe en conseil de classe et de la façon dont son avis est tenu pour nul, ne peut réagir autrement que par un éclat de rire - et d'indignation du mensonge.
Ce n'est pas cette poursuite de la dégradation de l'enseignement qui va aider les élèves à mieux s'instruire, à mieux comprendre.
Le reproche que nous formulons contre la lettre présidentielle n'est donc pas du tout de la même teneur que celui de nos camarades d'EIL.
Le Secteur École De L'UFAL
Suite aux événements qui se sont déroulés à la cantine de Maincy le 2 avril 2007, « Des enfants au pain et à l'eau » et de l'implication de notre association pour soutenir les enfants concernés et leurs familles, Madame le Maire a déposé une plainte pour diffamation auprès du tribunal de Melun contre l'association de parents d'élèves « Ensemble pour l'école » et contre sa présidente, Béatrice Fratello, pour avoir affiché au moment des évènements un courrier à son attention.
Madame le Maire demande à « Ensemble Pour l'Ecole » et à sa présidente la somme de 15000 euros au titre du préjudice moral subi ; 5000 euros pour le remboursement des frais qu'elle a du engager pour faire valoir ses droits ; la publication aux frais de l'association et de sa présidente, de l'intégralité du dispositif du jugement à intervenir dans différents organes de presse.
« Ensemble pour l'école » doit aujourd'hui se défendre de cette accusation injuste mais ne peut pas en assumer seule les frais (les fonds qu'elle recueille tout au long de l'année par ses actions étant systématiquement et intégralement reversés pour financer les projets des écoles).
Vous trouvez légitime qu'une association de parents d'élèves se mobilise pour défendre l'intérêt des enfants de son village et de leurs familles, vous pouvez témoigner de votre soutien en nous aidant à payer nos frais d'avocat.
Nous vous remercions vivement pour vos dons.
Vous pouvez adresser vos chèques libellés à l'ordre de « Ensemble pour l'école » à l'UFAL, 4 place Beuve et Gantier 77000 Vaux le Pénil, ou à Béatrice Fratello, 11 rue basse Poignet 77950 Maincy.
Ensemble Pour L'école
Urgence école, Le droit d'apprendre, le droit de transmettre
d'Alain Bentolila
Editions Odile Jacob
221 pages avec annexes
août 2007
21,90 €
La rentrée scolaire arrive à point pour certains auteurs, enseignants qui éditent le livre écrit durant l'été.
Il y en a des meilleurs et des pires.
Celui-ci est au-dessus du panier et dès les premières pages, le contenu ainsi que le style travaillé donnent une première indication favorable.
J'ai commencé à porter un jugement négatif quand l'auteur s'est prononcé pour l'autonomie de l'Université mais ma curiosité étant aiguisée je suis allé plus loin et j'ai eu bien raison.
Le diagnostic que l'auteur porte sur l'école et son évolution est solide et rigoureux et j'ai bien apprécié le chapitre qu'il a intitulé : « Quand l'idéologie paralyse les choix pédagogiques ».
N'a t-il pas raison de renvoyer dos à dos les sauveurs des lettres et ceux qui rejettent l'apprentissage rigoureux de la lecture et les règles de l'orthographe!?.La défense de l'école et la lutte contre l'illettrisme exigent qu'on effectue une réelle analyse, qu'on laisse tomber les anathèmes pour réfléchir collectivement et sérieusement.
Sa critique de l'IUFM et de son lien renforcé avec l'université est judicieuse et non passéiste: « Exigeons donc des universités qu'elles proposent des cursus pluridisciplinaires spécifiques à ceux qui se destinent au métier d'enseignement; et laissons à ceux qui ont une expérience réelle du terrain le soin de former professionnellement les futurs instituteurs. »
Les réformes que l'auteur propose sont bien souvent pertinentes. Ses préconisations en lecture permettent de ne pas rester enfermés dans le débat sur les méthodes semi globales et syllabiques . Si l'enfant doit très vite découvrir le principe alphabétique, l'enseignant lui apporte au début d'apprentissage des mots outils.
Je suis en total accord avec certaines des hypothèses d'actions comme celle qu'il formule à propos du collège afin d'en finir avec la « terreur de l'orientation par défaut »: « Il faut que des activités techniques et technologiques y occupent pour tous les élèves, sans aucune exception, une place égale à celle des disciplines dites générales. »
Je suis par contre opposé à certaines de ses propositions structurelles comme celle qui consiste à instaurer dans le primaire une fonction de chef d'établissement...
L'intérêt du livre est aussi là: il peut emporter l'adhésion puis irriter le même lecteur quelques pages plus loin.
Place au débat.
Jean-François Chalot