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Analyse
Par Tristan Béal
Vendredi 30 janvier 2009
article publié dans la lettre 130
Lien permanent vers cet article
En juin dernier, lors d’un discours prononcé à l’Elysée devant les recteurs, les inspecteurs généraux et les présidents d’université, Nicolas Sarkozy annonçait que les nouveaux concours de recrutement des professeurs des écoles seraient mis en place dès la session 2010. Le Ministère de l’Education Nationale en a présenté dernièrement la mouture.
Nous vous proposons de juger sur pièces : le tableau à télécharger est une présentation des épreuves du nouveau concours comparativement à celles qui étaient en vigueur jusque là.
La lecture de ce tableau est instructive. Elle montre combien, dans la nouvelle version, les disciplines sont survolées. Les épreuves d’histoire-géographie et de sciences expérimentales disparaissent. Elles sont fondues dans les épreuves de français et de mathématiques qui se retrouvent elles-mêmes diluées. Dans l’épreuve baptisée pompeusement « culture humaniste », le candidat au concours de professeur des écoles est censé pouvoir traiter d’un point de grammaire à propos d’un texte de géographie. C’est là un parfait exemple de cette dilution des disciplines illustrée par les programmes de 2002 et érigée en principe dans le réforme des lycées : au lieu de présenter les savoirs disciplinaires dans leur organicité et dans leur cohérence, on les dilue dans une « culture » aux contours flous et on les réduit à un saupoudrage.
L’épreuve de langue vivante disparaît. Cette disparition est étonnante quand on sait que le même ministère a souvent déploré le faible niveau de maîtrise des langues étrangères, mal qui serait très français.
Dans les deux épreuves écrites désormais fourre-tout, le « bla-bla » remplace le contenu. A défaut d’exiger des candidats qu’ils maîtrisent des disciplines aussi fondamentales que le français ou les mathématiques, on leur demande de discourir sur « l’épistémologie ou l’histoire d’une des disciplines concernées ». Qu’importe que les futurs professeurs des écoles ignorent l’histoire et la géographie pourvu qu’ils soient capables de disserter à propos de l’école des Annales. Un candidat qui ignore tout de Victor Hugo ou de la résolution d’une équation simple pourra doctement noyer le poisson par du verbiage appris dans les manuels de préparation au concours.
L’épreuve orale d’entretien avec le jury (seconde épreuve dans la nouvelle maquette) est une vraie nouveauté : elle est surtout une entreprise de formatage des esprits puisqu’elle suppose que le candidat manifeste son adhésion à des « valeurs » qui sont, par définition, relatives. C’est un fait qu’un esprit qui « adhère » est bien plus servile qu’un esprit critique.
En mettant l’accent sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux, en fustigeant l’impressionnisme qui règne à l’éducation nationale, Xavier Darcos se faisait fort de pourfendre le pédagogisme. La réforme du concours de recrutement des professeurs des écoles va exactement dans le même sens : à travers ces épreuves, l’Etat ne fait qu’évaluer l’adaptation du candidat au métier. Peu lui chaut de recruter des candidats ignorants.
par Tristan Béal
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