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n°10 - 05 juin 2008
Sommaire
En avril dernier, le Conseil Européen a adopté un rapport invitant les Etats membres à dépénaliser l’avortement - si ce n’était pas encore fait - et à en garantir les conditions d’accès. S’il s’agit là d’une grande victoire pour le camp féministe, plusieurs autres évènements en France et en Europe doivent néanmoins nous amener à rester vigilants.
Cet hiver, la Cour de cassation a accepté que soit inscrit dans un registre d’Etat civil un fœtus et cela quelque soit son stade de développement. Cette nouvelle offensive de l’extrême droite catholique est un premier pas vers la reconnaissance de statut juridique de « personne » à l’embryon pouvant déboucher sur une remise en cause pure et simple du droit à l’avortement.
En France, la nouvelle loi contre les discriminations rend désormais possible l’enseignement non mixte à l’école. Régression de taille puisque la non mixité, facteur contribuant à la méconnaissance des sexes, ne peut avoir pour conséquence que de faire perdurer les préjugés sexistes.
Le récent jugement du tribunal de Lille qui a annulé un mariage pour cause de non virginité de l’épouse traduit bien le retour à cette mentalité rétrograde. La mariée avait menti. Mais, dans une telle situation, qui ne mentirait pas pour échapper au poids des traditions patriarcales ? Le jugement de Lille est donc catastrophique à plusieurs niveaux. D’abord parce qu’un tribunal républicain, censé garantir l’égalité républicaine et donc l’égalité des sexes, a décidé que la virginité d’une femme pouvait être une « qualité essentielle » du mariage. On peut se demander quel aurait été le jugement si c’était l’homme qui n’était plus vierge. Le mariage aurait-il été annulé ? Le ridicule de la situation aidant, on n’ose le croire. Au final, le jugement de Lille ne peut qu’accentuer la pression sur les femmes musulmanes afin qu’elles restent vierges jusqu’au mariage.
Pour faire entendre l'exigence des féministes d'Europe d'une reconnaissance dans tous les pays du droit imprescriptible des femmes à disposer de leur corps, du droit à l'information, à la contraception, à l'avortement libre et gratuit.
L'histoire d'Alicja Tysiac, jeune femme polonaise, souffrant d'un grave handicap visuel qui s'est vu refuser un avortement malgré ce handicap, met douloureusement en évidence la situation tragique des femmes qui aujourd'hui en Europe sont privées de leurs droits fondamentaux.
Alicja a gagné son procès contre le gouvernement polonais devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme à Strasbourg, qui a reconnu le non respect de ses droits individuels; mais elle est toujours en butte aux pressions et aux menaces des intégristes catholiques.
En Pologne, mais aussi en Irlande, à Chypre, à Malte, en Andorre et maintenant en Lituanie, Slovaquie, les femmes sont en butte à des restrictions au droit à l'avortement ou à son interdiction pure et simple, dans de nombreux autres pays européens tels la Macédoine, l'Italie, l'Espagne, ce droit est contesté ou menacé par la montée des intégrismes religieux et les pressions des lobbies conservateurs.
Sur la question des droits sexuels et reproductifs, comme sur les autres droits, nous demandons l'harmonisation des droits des femmes sur les législations les plus avancées et les plus progressistes et nous appelons les féministes, les hommes et femmes de tous les pays d'Europe à porter cette exigence via des lettres, demandes d'audience, délégations auprès des ambassades de ces pays.
Le mouvement féministe européen représente une force sociale critique qui travaille à construire une autre Europe, démocratique laïque et pacifiste. Unissons nous contre l'obscurantisme.
Nous appelons à une campagne européenne coordonnée afin de recueillir d'ici à 2009 (année des élections européennes),
1 MILLION de signatures pour infléchir les politiques européennes.
Pour vous associer à cet appel, cliquez ici
Coordination, contacts :
Il y a quelques semaines, un tribunal de grande instance de Lille accordait l’annulation d’un mariage à la demande d’un conjoint qui estime avoir été trompé sur la marchandise : il pensait avoir une femme vierge et elle ne l’était pas. La décision suscite un débat passionné, que nous allons tenter d’examiner avec un peu de sang-froid.
Quand un fait privé suscite l'émotion publique au point de pouvoir entraîner une renégociation du droit commun, mon premier réflexe est toujours journalistique : celui du sang froid. Mais dans cette affaire de Lille, une fois toutes les précisions apportées et les précautions prises, il y a bien de quoi être révolté.
Les arguments « légalistes » que la corporation des hommes de loi brandit pour accabler « les professionnels de l'indignation » - ignares que nous sommes ! - dans l'affaire du mariage annulé de Lille ont tout de la tartufferie.
Un tribunal de Lille a pris la décision d’annuler un mariage parce que la mariée avait menti sur sa virginité.
A cette minute, nous avons honte d’être citoyennes d’un pays dont la justice bafoue le droit des femmes.
Ce jugement nous atterre et nous révolte : il est inacceptable.
Une récente délibération de la HALDE repose la question des relations entre laïcité et discriminations. La Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) est une autorité administrative indépendante créée par la loi du 30 décembre 2004. Elle a un pouvoir de recommandation. Sans être source de droit, ses délibérations constituent un apport qu’on ne peut ignorer. L’une d’entre elles, en date du 18 février 2008, indique que refuser à un étudiant de confession juive de s’absenter tous les samedis n’est pas une mesure discriminatoire, même pour un établissement d’enseignement supérieur privé.
Au Royaume Uni, la logique communautariste s’installe sur les plateaux de télévision. La chaîne de télévision Islam Channel doit lancer prochainement "Faith off" le premier jeu télévisé dans lequel s’opposeront les communautés religieuses : Juifs contre musulmans, sikhs contre chrétiens ou encore hindous contre bouddhistes. Deux équipes de quatre candidats devront s’affronter sur des questions touchant à la culture générale et à la religion. Tel est le programme annoncé. Avec ce jeu d’un genre nouveau, Islam Channel espère promouvoir l'entente cordiale et le respect mutuel entre les communautés religieuses de Grande-Bretagne.
Sampat Pal Devi, indienne, est chef de gang. D’un gang assez particulier. Composé exclusivement de femmes, ce gang a décidé de rendre sa propre justice face aux violences faîtes aux femmes contre lesquelles les autorités ne font rien. Ce gang compte 200 justicières dispersées dans plusieurs villages qui, à la moindre alerte, enfilent saris de combat roses et s’arment de bâtons pour porter secours aux femmes opprimées.
jeudi 29 mai 2008Le tribunal de grande instance de Lille vient de rendre un jugement étonnant : il a considéré la virginité comme une « qualité essentielle » (sic) de la femme avant le mariage.