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ONU : droits aux hommes, mort aux femmes

Que font les représentants de nos démocraties aux côtés de ceux qui acceptent que des femmes soient lapidées, des enfants violées et asservies à vie ?

Ils écoutent. Ils écoutent courtoisement l’un des leurs, l’ambassadeur roumain Doru Romulus Costea, affirmer que ces crimes ne sauraient être blâmés.

Le 16 juin à Genève, devant le Conseil des Droits de l’homme de l’Onu, ce triste personnage a interdit toute critique de la lapidation et du mariage de fillettes. Il a affirmé son mépris de la vie, au nom du respect de la loi musulmane, dite charia. Soumission ou sympathie, qu’importe.

Un Européen accepte officiellement le meurtre des femmes. Etrangement ses fonctions obligent à l’appeler ‘excellence’. Y-a-t-il une excellence de la bassesse ?

L’Europe combat sur son territoire les violences faites aux femmes

Cette violence est pour elles - entre 16 à 44 ans - la première cause de mortalité, comme d’invalidité. La Roumanie, pays de monsieur Costea est celui où ces meurtres et ces agressions sont les plus fréquents. Y puiserait-il son indulgence ? Respect des assassinats en pays islamiques au nom des coutumes locales ?

Si la misogynie la plus meurtrière existe aussi dans nos démocraties, elle y est combattue. Elle y porte le nom de crimes. Ils n’y ont pas lieu au nom d’une morale pervertie, sur la place publique, devant une foule fanatisée de haine. Combien de femmes y cachent leur peur et l’horreur ressentie ces jours-là ?

Dans un état démocratique, ceux qui osent approcher une enfant pour abuser d’elle ne peuvent prétendre au nom d’époux, mais de violeur*. Leur place est dans les prisons où leurs codétenus les rejettent.

Pourtant, c’est dans un état démocratique que David Littman, rapporteur d’ONG a été interrompu par des cris de colère. Il dénonçait la lapidation des femmes adultères et le mariage des filles dès l’âge de 9 ans, pratiqués dans les pays ou règne la loi islamique.

Des représentants de l’Egypte, du Pakistan et de l’Iran sont immédiatement intervenus. Eux revendiquent le meurtre, l’asservissement des femmes. Ils ont fait suspendre le débat. Ils ont obtenu gain de cause.

Si les Droits de l’Homme ont pour eux une signification si brutale et si réductrice, que faisons-nous à leurs côtés ? Si un ambassadeur roumain admet la cruauté à l’égard des femmes, comment peut-il nous représenter ? Ou quelle Europe représente-t-il ? Celle que les peuples refusent car ils en ont une idée beaucoup plus exigeante ? Celle qui se soumet, de compromis en complaisances et renie tout ce à quoi nous tenons.

L’Europe doit combattre les violences faites aux femmes, à toutes les femmes.

Accepter que quiconque ait un droit de vie et de mort sur elles est barbarie. L’accepter au point de vouloir le taire c’est approuver un double effacement. C’est pourtant ce qui a eu lieu, avec la complicité officielle d’un Président du Conseil des ‘Droits de l’homme’. A Genève, en juin 2008.

Bernadette Capdevielle © Primo, 19 juin 2008

* A l’exception de la Grèce. On y abandonne à leur sort des petites filles appartenant à la communauté musulmane de Thrace. Elles sont mariées à l’âge de 12 ou 13 ans. En violation de toutes les règles européennes de protection de l’enfance.

Feu vert pour la fatwa

Le Français d’origine marocaine, auteur de menaces de mort sur la personne de Robert Redeker, vient d’être condamné à six mois de prison avec sursis et à 750 euros d’amende.

Après la publication, dans Le Figaro du 19 septembre 2006, de sa tribune, “Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?”, qualifiant le Coran de livre «d’une violence inouïe» et le prophète Mahomet de «chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame», le philosophe avait reçu quelques jours plus tard des menaces de mort par courriel.

La menace physique ne faisait aucun doute, les fautes d’accords et d’orthographe étant d’origine : «Tu osé insulté notre prophètes bien aimé (…) mais sache que tous les musulmans (…) sont tes ennemis pas juste les extrémistes (…) alors maintenant coure toi ta femme et t enfants mais un jour crois moi tu va mourir».

On se souvient que la vie de Robert Redeker en fut aussitôt bouleversée. Deux ans après, il n’exerce plus son métier de professeur de lycée, n’a toujours pas réintégré sa maison et vit sous protection policière à une adresse tenue secrète. A juste titre puisque si l’auteur direct du message électronique a été identifié et mis hors d’état de nuire, il a fait des émules depuis, des «fous d’Allah» qui ne rêvent que d’une chose : faire subir à Robert Redeker le même sort que celui de Théo Van Gogh.

La Justice, si prompte à se vouloir exemplaire en matière de pédophilie où de malversations politico-financières, ne semble pas avoir pris la mesure du cancer que représente la menace obscurantiste dans notre pays. Là aussi, nous voilà contraints d’attendre la survenue de la première tragédie pour espérer qu’une jurisprudence daigne enfin condamner équitablement ceux qui menacent le plus la stabilité de notre société. Il est d’ailleurs significatif de constater que la défense du cyber-islamiste a eu l’outrecuidance de faire appel de cette décision pourtant bien clémente et inférieure aux réquisitions du parquet elles-mêmes bien timides (huit mois de prison avec sursis et 1000 euros d’amende).

Cela n’empêche pas France-Info de commenter ainsi l’information : «La justice ne plaisante pas avec les menaces de mort.»

Ouf ! Nous voilà rassurés ! On tremble à l’idée de ce qu’aurait été la décision du tribunal si l’idée de plaisanter lui était venue.

© Primo, 21 juin 2008

Caricatures de Mahomet: la justice danoise rejette la plainte d’associations musulmanes

La Cour d’appel a confirmé le verdict de 2006: les dessins du prophète publiés dans le quotidien Jyllands-Posten ne sont pas «offensants et injurieux» pour les croyants.
Les douze caricatures controversées de Mahomet publiées au Danemark en 2005 ne portent pas atteinte à l’honneur des croyants et ne constituent pas une expression de mépris envers les musulmans. C’est ce qu’a estimé la justice danoise jeudi, rejetant la plainte de sept associations musulmanes qui avaient intenté un procès à deux responsables du quotidien Jyllands-Posten.

Ces associations ont été déboutées par la Cour d’appel qui a confirmé le verdict d’octobre 2006 du tribunal d’Aarhus.

Celles-ci considéraient ces dessins comme «offensants et injurieux», car «représentant le prophète comme belliqueux et criminel, établissant un lien clair entre Mahomet, la guerre et le terrorisme». L’une des douze caricatures, qui a fait scandale dans le monde musulman, montrait Mahomet la tête recouverte d’un turban en forme de bombe à la mèche allumée.

Le président du tribunal, Peter Lilholt, a souligné que la justice ne pouvait «restreindre la liberté d’expression», et qu’elle pouvait intervenir uniquement si, conformément à la Convention européenne des droits de l’homme, cette liberté d’expression portait atteinte à «la sécurité nationale, l’intégrité territoriale ou la sécurité publique» d’un Etat.

La cour a également estimé que le dessin du prophète enturbanné, était «de caractère satirique» et «ne référait pas aux musulmans en général ni aux associations (plaignantes) ou à leurs membres». Le tribunal a enfin rappelé «que des actes terroristes ont été commis au nom de l’islam, et qu’il n’est pas illégal que ces actes fassent l’objet d’une représentation satirique».

Source : LIBERATION.FR du jeudi 19 juin 2008

Iran : Manifestation contre le harcèlement sexuel

Vous avez dit “paradoxe ” ? Eh oui, c’est justement en Iran, où les Gardiens de la morale islamique prêchent à toutes les sauces une conduite saine et conforme aux préceptes de l’islam que l’incident vient d’avoir lieu.

Outrés par les propositions douteuses et répétées du vice-recteur de l’université de Zanjan (nord-ouest) à certaines jeunes femmes, quelques 3000 étudiants ont fini par se rebeller ce week-end en investissant le complexe sportif du campus. Et en exigeant la démission du Conseil de direction de l’université et des excuses du Ministre de l’éducation….
Au préalable, les petits malins s’étaient chargés de saisir l’homme en flagrant délit, en débarquant dans son bureau et en en le filmant, grâce à un téléphone portable, en présence d’une femme non voilée (en Iran, le foulard est obligatoire dans l’espace public). Et ça donne ça :

L’information a également été relayée aujourd’hui par le quotidien réformiste Etemad.

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“Les étudiants sont entrés dans le bureau du vice-recteur et l’ont livré à la sécurité après avoir découvert qu’il essayait de harceler une étudiante”, écrit le journal.

Ce type de harcèlement sexuel n’est pas inédit, mais il est généralement peu médiatisé. Bien souvent, les femmes préfèrent garder le silence de peur de perdre leur travail ou leur place à l’université.

Contradiction, - ou hypocrisie du système ? - : depuis l’arrivée du Président Ahmadinejad, en 2005, les règles se sont durcies en matière de mœurs et de tenues vestimentaires, comme l’indique, ci-joint, ce panneau qui dresse la liste des « interdits en vigueur » (photo prise dans une université d’Abadan).

Petite traduction rapide : interdiction pour les étudiants de porter des t.shirts, des shorts, des sandales, de fumer des cigarettes, de prendre des photos, d’écouter de la musique «inappropriée» et de parler avec des filles qui ne sont pas de leur famille….

Delphine Minoui

Notre nouveau maître est oriental

On a pris l’habitude de dénoncer la mondialisation comme une forme d’occidentalisation. Les opposants à l’universalisme vont plus loin en assimilant l’occidentalisation à une forme de colonisation culturelle. Cette rhétorique permet notamment aux régimes autoritaires d’associer des valeurs telles que les droits de l’homme, la démocratie ou la laïcité à l’Occident pour mieux les refuser au nom de l’anti-impérialisme. Cette stratégie discursive pouvait faire illusion tant que la première puissance économique était américaine. Qu’en sera-t-il demain, lorsque nous aurons enfin réalisé que la principale puissance à profiter de la mondialisation ne vient pas d’Occident, mais d’Extrême-Orient ?

Plusieurs conflits, notamment ceux qui déchirent l’Afrique, ne sont plus dictés par les intérêts économiques européens ou américains mais chinois. La sinistre “Françafrique” est en passe d’être largement détrônée par la “Chinafrique”, du nom d’un livre de Serge Michel et Michel Beuret qui décrit bien cette nouvelle réalité (Grasset). Le commerce bilatéral entre ces deux régions a quintuplé entre 2000 et 2006. On estime à 500 000 le nombre de Chinois vivant en Afrique pour construire routes, hôtels et barrages. C’est ce qu’on appelle déjà l’“aspect positif” de la présence chinoise en Afrique. L’aspect négatif, c’est ce dévorant appétit d’énergie et de matières premières, qui la pousse à faire des affaires avec des dictateurs au détriment des peuples, de la démocratie, de l’environnement et du développement durable. Officiellement, bien sûr, il n’est pas question de domination. La Chine insiste au contraire pour apparaître comme une puissance du Sud et rappelle sa présence aux côtés des non- alignés lors de la conférence de Bandung. Lors des sommets sino-africains, elle revendique un “partenariat stratégique d’un type nouveau”, caractérisé par “l’égalité et la confiance réciproque sur le plan politique” et “la coopération gagnant-gagnant sur le plan économique”. Autrement dit, elle plaide sans complexe pour un affairisme différentialiste sur le mode : “Nos profits valent mieux que les droits de l’homme.”

Sans cette politique, cynique, il y aurait moins de morts au Darfour, plus de démocratie en Birmanie et peut-être un nouveau gouvernement au Zimbabwe. Bizarrement, en dehors de pays cherchant à faire oublier leurs propres victimes, bien peu songent à dénoncer le manque de conscience de cette nouvelle force économique. Surtout pas certains militants se revendiquant d’une conscience anti-impérialiste ambiguë, faite d’admiration pour la “résistance” islamiste et d’une certaine complaisance vis-à-vis de la Chine.

Ceux-là ne militent pas réellement pour un axe Nord-Sud plus juste, ni même contre les effets de la mondialisation ultralibérale. Ils souhaitent surtout prendre une revanche identitaire contre l’Amérique, l’Europe, Israël (voire contre les juifs). Dès lors qu’elle est orientale et non occidentale, la Chine peut donc se permettre de piller l’Afrique ou même de discriminer sa minorité musulmane ouïgour sans risquer d’être rappelée à l’ordre.

Ce positionnement, acrobatique, risque de devenir de plus en plus difficile à tenir. Après une période de domination plutôt discrète, poussée par ses besoins grandissants en énergie et en matières premières, la nouvelle puissance venue d’Extrême-Orient pourrait bien être tentée de passer à la vitesse supérieure. La réussite de ses immigrés suscite déjà de l’hostilité en Indonésie, où le sentiment antichinois est toujours prompt à resurgir. En Afrique, certains peuples grondent contre ces Chinois que l’on voit partout et qui volent leur travail… A terme, ce ressentiment finira peut-être par faire oublier de vieilles rancoeurs, comme celle existant entre l’Europe et ses anciennes colonies.

Néanmoins, tant que l’islamisme occupe le théâtre de nos enjeux immédiats, l’opposition Occident/Orient fonctionne comme un écran de fumée. En coulisse, la Chine y a intérêt. Sur un plan économique, l’amertume des pays musulmans vis-à-vis de l’Occident lui permet de décrocher des contrats à des prix qu’elle ne pourrait négocier sans ce contexte exacerbé. Sur un plan plus symbolique, la focalisation sur l’Occident lui permet d’avoir tous les avantages de la puissance économique sans les inconvénients.

Cette situation idyllique ne saurait durer. La Chine réalise que son nouveau statut suppose des devoirs envers la communauté internationale. Sa médiation au Darfour, ses tergiversations au sujet des armes réclamées par Mugabe et le début de transparence lors du séisme au Sichuan sont des signes encourageants. Dans quelques générations, comme toutes les premières puissances, elle aura sécrété ses propres contre-pouvoirs.

En attendant, le nouvel ordre mondial à l’ombre de la Chine promet des heures d’instabilité au détriment des droits de l’homme. Qui aura les moyens de lui tenir tête ? Pas la France de Nicolas Sarkozy, si sensible aux intérêts des milieux d’affaires. Lors de son discours sur la politique de civilisation, il a suggéré une diplomatie préférant “la diversité à la démocratie”. Une expression qui correspond mot pour mot au credo utilisé par les dirigeants chinois pour revendiquer un monde placé sous le signe du différentialisme et de l’affairisme, et non sous le signe l’universalisme et des droits de l’homme.

Caroline Fourest

Source : le Monde du 19 juin 2008

« L’interdiction de mixité n’est pas admissible dans ce cas »

Propos recueillis par Alexandra Echkenazi

CAROLINE FOUREST, journaliste et essayiste*

Que vous inspire l’affaire de Vigneux ?

Caroline Fourest. L’interdiction de mixité n’est pas condamnable en soi. Tout dépend de l’idée qui la justifie.

Lorsqu’elle est mise en place dans un but de protection, comme c’est par exemple le cas dans un groupe de paroles sur le thème des violences faites aux femmes, cette non-mixité n’a pas à être remise en question. En revanche, lorsqu’elle est sous-tendue par une idéologie inégalitaire et régressive, comme cela semble être le cas ici, et qu’elle cautionne l’idée que les femmes n’ont pas à être regardées par les hommes lorsqu’elles jouent au basket, ce n’est pas admissible.

« Je ne suis pas pour légiférer sur tout »

La mise à disposition d’un gymnase communal pour un tel événement vous étonne-t-elle ?

La tentation de céder à des demandes communautaires est de plus en plus grande pour les élus locaux. Comme ils ne veulent pas froisser leurs électeurs, ils préfèrent ne pas juger et accepter ces requêtes, même si elles sont opposées aux valeurs laïques. Toutefois, il ne faut pas tout condamner en bloc. Que des jeunes filles issues d’un milieu intégriste puissent sortir de leur famille et jouer au basket, c’est une bonne chose. Mais il y a un équilibre à trouver entre le respect des libertés individuelles et des associations, et un minimum d’exigences communes.

Comment faire pour trouver cet équilibre ?

Cela passe par la négociation. La mairie aurait pu mettre à disposition son gymnase, à condition que les hommes y soient admis. Cet équipement est un espace public qui devrait privilégier les projets favorisant le vivre ensemble et l’égalité.

Il y a eu une loi pour l’école. Faudrait-il légiférer pour faire respecter la laïcité dans chaque secteur de la société ?

On rencontre ce genre de problèmes dans les mairies, mais aussi dans les hôpitaux ou les tribunaux, et cela concerne toutes les religions. A l’école, la loi a été une bonne chose. Elle a libéré les enseignants, qui ont autre chose à faire, des négociations au cas par cas. Toutefois, je ne suis pas pour légiférer sur tout. Il faut garder un peu d’humanité et trouver, grâce au dialogue, un juste milieu entre le communautarisme et un sursaut intolérant qui fermerait les portes à toute différence. Les hôpitaux ont publié une circulaire indiquant que les soins d’urgence sont prioritaires sur les convictions spirituelles. Mais cela n’empêche pas les médecins d’expliquer les choses avec humanité à leurs patients.

* Spécialiste de la laïcité, auteur du « Choc des préjugés » (Calmann-Lévy).

Source : le Parisien du 19 juin 2008

Djihadiste en ligne

Par Jean-Pierre Stroobants - LE MONDE | 17.06.08 - BRUXELLES - CORRESPONDANT

Jour de semaine ensoleillé à la chaussée de Gand, dans l’ouest de Bruxelles. Boucheries, épiceries, magasins de téléphones mobiles, de disques, de tissus : presque tous les commerces ont, ici, des propriétaires maghrébins. “C’est le petit Maroc”, sourit Tarik, un ancien coiffeur à l’air jovial. Une minute plus tard, il s’éloigne en grimaçant. Il veut bien répondre à “toutes les questions”, mais pas à celles qui portent sur l’éventuelle montée du radicalisme musulman dans cette zone déshéritée de la capitale de l’Europe - ici, le taux de chômage qui frappe les jeunes atteint 40 % dans certains quartiers. Tarik a-t-il entendu parler de Malika El-Aroud, alias Oum Hobeid ? “Oui, non, je ne sais pas…”

Cette Belge d’origine marocaine a fait la “une” du Herald Tribune, le 27 mai, avec un reportage repris du New York Times. Le quotidien la présentait comme “l’une des principales djihadistes en Europe” et racontait qu’elle vivait dans un petit appartement situé au-dessus d’un magasin bruxellois. Un journal flamand avait, deux jours plus tard, reproduit l’enquête.

“Malika qui ?” A la station de métro Etangs-Noirs, quatre adolescents livrent volontiers le récit de la “guérilla” qu’ils ont menée dix jours plus tôt contre “les skins d’Anderlecht” et “la police qui protège ces porcs”. L’affaire s’est soldée par quelque 200 arrestations. Abdel ne connaît ni Malika ni “Oum Hobeid” mais, affirme-t-il, “ici, tu trouves tout ce que tu veux sur Oussama : des livres, des cassettes, des DVD”. “Et tu peux même te faire recruter, si tu veux. Enfin, pas toi : t’es trop blanc !”

Eclats de rire, sous l’oeil réprobateur d’un “grand frère” qui passe, bonnet en coton beige, longue chemise traditionnelle et sandales en cuir. “Ils disent n’importe quoi”, nuance-t-il d’une voix douce. Le jeune fondamentaliste sourit et s’éloigne en lâchant, énigmatique : “Allez peut-être voir sur Minbar-SoS.”

C’est effectivement sur ce site Internet que s’exprime Malika El-Aroud. Pour entrer en contact avec elle, il faut introduire ses coordonnées électroniques et attendre sa réponse. Mais, désormais, elle refuse de parler aux médias. Sauf s’ils acquittent 10 000 euros et acceptent de publier l’intégralité de ses propos. Des affirmations “à lire au deuxième degré”, précise-t-elle en bas de page. En tout cas, notre inscription, comme celle d’une consoeur de la chaîne France 24, ne correspondrait pas aux “critères de sélection” du site, lesdits critères n’étant pas précisés. Sur la page d’accueil de Minbar-SoS, on trouve notamment la photo d’Ayman Al-Zawahiri, numéro deux d’Al-Qaida, et des informations en arabe sur Guantanamo, la Tchétchénie, la Palestine. Minbar-SoS revendique 1 400 membres, dont 164 actifs.

Ceux qui, à Bruxelles, connaissent Malika El-Aroud sont eux aussi devenus prudents. Bassam Ayachi, un prêcheur fondamentaliste franco-syrien, dirigeant du Centre islamique belge (CIB), est apparemment injoignable. Le CIB a défrayé la chronique parce qu’on y célébrait des mariages religieux sans mariage civil.

C’est là que Mme El-Aroud aurait été unie au Tunisien Abdessatar Dahmane, alias Abou Hobeid, l’un des deux assassins d’Ahmad Chah Massoud, leader de la résistance afghane aux Soviétiques puis aux talibans. Le commandant Massoud a été assassiné deux jours avant le 11 septembre 2001 par Dahmane et un complice. Munis de faux papiers, ils s’étaient fait passer pour des journalistes. Ils furent abattus par la garde du “Lion du Panshir”, un homme que Malika El-Aroud préfère appeler “le diable”, “un mauvais musulman, l’ennemi d’Oussama Ben Laden”. “On était en guerre et il était légitime de le tuer”, déclara-t-elle en 2002 à Marie-Rose Armesto, une journaliste à laquelle elle s’était confiée avant de l’agonir d’injures.

Jean-François Bastin, converti à l’islam sous le nom d’Abdullah Abu Abdulazziz, a préfacé le livre Les Soldats de lumière (La Lanterne Editions), écrit en 2003 par Malika El-Aroud. Elle y racontait son “parcours de combattante”, s’affirmant “petite-fille, épouse, soeur de moudjahidin” et entendant, disait-elle, “redresser l’honneur de (son) époux et de (ses) frères, que Bush taxe de soldats illégaux”. Aujourd’hui, “Abdullah Bastin”, fondateur à Bruxelles du Parti des jeunes musulmans, ne nie pas qu’il connaît Mme El-Aroud, mais élude lorsqu’on lui demande comment entrer en relation avec elle.

La djihadiste du cyberespace est devenue une référence, une source d’inspiration pour une galaxie où l’on ne cache pas ses sympathies pour Al-Qaida. “Elle est même devenue une véritable icône”, estime Nadia Bouria, une journaliste de la chaîne privée belge RTL-Tvi, qui a suivi son itinéraire. A l’origine de cette notoriété il y a, évidemment, le rôle joué par Abdessatar Dahmane, son mari, ainsi que son séjour de quelques mois en Afghanistan, avant la chute du régime des talibans. Elle y avait vécu dans une “villa des élus”, l’une des bâtisses mises par Oussama Ben Laden à la disposition de ses meilleurs combattants.

Protégée par les compagnons d’armes de son mari, “exfiltrée” en décembre 2001 via l’ambassade belge au Pakistan, elle était attendue de pied ferme par la police et la justice belges. Jugée en 2003 à Bruxelles, elle a toutefois été acquittée, le tribunal estimant que l’on ne pouvait prouver avec certitude sa complicité avec des groupes terroristes. Par la suite, Malika El-Aroud a au moins confirmé l’opinion de ses juges qui avaient souligné son “mépris évident” pour l’Occident. Apparaissant en filigrane dans diverses enquêtes menées en Belgique et en France, elle a attribué le 11-Septembre à “une oeuvre des juifs” pour détourner l’attention du monde et “raser la Palestine”. En 2005, remariée à un Tunisien fondamentaliste en Suisse, elle a été condamnée avec sursis pour incitation à la haine et soutien à une organisation criminelle. C’est là qu’elle a commencé sa nouvelle vie de “combattante du Web”.

Revenue en Belgique, elle continue de diffuser des messages sans ambiguïté. “Mes articles sont des bombes”, a-t-elle affirmé au New York Times. En mars dernier, évoquant les guerres d’Irak et d’Afghanistan, elle lançait aux Occidentaux : “Le Vietnam n’est rien en comparaison de ce qui vous attend dans nos pays.” “Demandez déjà à vos mères et vos épouses de commander vos cercueils”, ajoutait-elle.

Officiellement chômeuse, cette femme de 49 ans née à Tanger est “une coriace”, avoue un spécialiste belge de l’antiterrorisme. “Une possible menace”, ajoute le directeur du service judiciaire de la police fédérale. Claude Moniquet, directeur de l’ESISC, un centre de recherches sur la sécurité, la juge “parfaitement consciente de ce qu’elle fait”.

Les autorités belges, qui s’appuient sur des lois inadaptées à l’évolution des médias électroniques, hésitent toutefois à s’en prendre à Malika El-Aroud tant qu’elle ne franchira pas le cap du “prosélytisme non actif”. Elles redoutent surtout de lui conférer une aura plus grande encore. “Si les autorités trouvaient une raison de m’emprisonner, je deviendrais une martyre vivante”, a prévenu celle qui a aussi appris à utiliser efficacement les médias. Interrogée par la justice, qui menait en décembre 2007 une enquête sur un possible plan d’évasion d’un islamiste détenu en Belgique, elle s’en est encore sortie sans être mise en cause.

Au-delà du “cas El-Aroud”, l’implication de plus en plus grande des femmes dans la nébuleuse Al-Qaida inquiète les autorités. Gilles de Kerckhove, coordinateur de la lutte antiterroriste au Conseil européen, a commandé à ses services une étude spécifique sur le sujet. Il en disposera dans quelques mois. L’ancien juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, qui a vu plusieurs fois apparaître le nom de Malika El-Aroud dans ses dossiers, évoque le rôle croissant des femmes, “tant au plan logistique qu’opérationnel”. Il souligne l’influence déterminante que certaines d’entre elles peuvent exercer sur leur mari combattant. Pour lui, “l’incitation” à laquelle se livre Malika El-Aroud est clairement l’un des outils dont se servent les radicaux pour recruter des membres.

Al-Qaida semble désormais confier un rôle particulier aux femmes. Les dirigeants de la nébuleuse ont d’abord considéré que la femme était une sorte d’“ennemi intérieur”, suspect de vouloir pactiser avec l’ennemi, d’affaiblir l’homme prêt à mourir, de se laisser séduire par un discours occidental lui promettant la liberté. Par la suite, les théoriciens du mouvement terroriste ont développé un discours spécifique. Dans Le Manuel de recrutement d’Al-Qaida (Seuil, 2007), Mathieu Guidère et Nicole Morgan ont analysé en détail l’”épître” aux femmes élaboré par Youssouf Al-Ayeri, compagnon de Ben Laden en Afghanistan et fondateur de ses réseaux saoudiens. Dans ce message diffusé sur Internet, le penseur s’adressait à elles pour les inviter, soit à ne pas s’opposer au sacrifice de leurs enfants, soit à devenir elles-mêmes des guerrières.

Message entendu : récemment, des sites Web radicaux étaient porteurs de revendications émises par des femmes affirmant vouloir devenir des martyres, à l’instar des hommes. Il leur était promis, en échange, qu’elles seraient “encore plus belles et désirables pour leur mari” dans l’au-delà.

Arabie saoudite : les radicaux renforcent le verrouillage de la société et refusent tout dialogue autour de la mixité

lundi 16 juin 2008 - 15h38, par Randa Al Fayçal - Dubaï

La Chambre de commerce de Jeddah devait organiser, hier dimanche, une table ronde regroupant des hommes et des femmes d’affaires et des membres du Comité de promotion de la vertu et de prohibition du vice (les Moutawaa), une rencontre consacrée à la question de la mixité entre les deux sexes.

Mais quelques heures avant la tenue de cette réunion, la Chambre de commerce a été contrainte de contacter toutes les femmes conviées à la table ronde pour leur signifier que « la rencontre était finalement réservée uniquement aux hommes ». Les responsables du « Comité de promotion de la vertu et de prohibition du vice » (CPVPV) devaient en effet examiner la question de la mixité, notamment dans les entreprises, les hôpitaux et les congrès où les deux sexes sont « contraints à se côtoyer ». Mais dimanche matin, le coup de théâtre est intervenu, les radicaux ayant refusé de se « mélanger aux femmes d’affaires », sans doute de peur d’être souillés. Ce qui avait alors obligé les organisateurs à envoyer des SMS à toutes les invitées pour décommander.

Les islamistes tentent cependant de rassurer, affirmant qu’il ne s’agissait que « d’une première réunion de travail autour de cette question délicate, mais que d’autres rencontres suivront ». Le secrétaire général adjoint du CPVPV a en effet souligné que « les responsables du Comité ont préféré limiter la première rencontre aux hommes, avant de l’élargir aux femmes, ensuite ».

Mais les femmes d’affaires, membres de la Chambre de commerce de Jeddah, se disent « déçues par cette exclusion, d’autant plus que le sujet débattu les concernait en premier lieu ». Elles demandent au CPVPV de leur accorder davantage de confiance et de cesser de les sous-estimer. « Nous faisons partie intégrale de la société et nous participons, avec les hommes, au développement du pays et de la société », a affirmé l’une d’entre elles, Lama Sleiman.

Traduction et synthèse de Randa Al Fayçal

Lire l’article original : Al Watan - Arabie saoudite

Islam : réponse à Robert Redeker

Par Leïla Babès

1 juin 2008. Invité dans l’émission de France 2 On n’est pas couché du 17 mai, vous avez reproduit, à peu de chose près, le contenu de l’article publié par le Figaro (19 septembre 2006) et qui vous avait valu une condamnation à mort sur Internet. A l’époque des faits, le choc produit par les menaces qui pesaient sur vous, et l’urgence de la mobilisation contre cette atteinte à la liberté d’expression, me paraissaient plus importants qu’une réponse dont, de surcroît, je n’aurais souhaité pour rien au monde qu’elle fût interprétée par vos détracteurs comme un témoignage à charge. C’est pourquoi je m’étais bornée à intervenir sur votre site pour expliquer en quelques mots les raisons de mon soutien, et mon désaccord avec le contenu de votre brûlot.

Il est temps à présent que l’on ouvre le débat, moins pour vous répondre que pour poser les questions qui font cruellement défaut dans le tissu de poncifs qui vous tient lieu d’analyse. A commencer par l’idée que les «musulmans modérés» ne vous ont pas assez soutenu. Voilà bien un qualificatif insultant, consacré par toute une vulgate médiatique qui s’interroge régulièrement sur le silence des «modérés», cette poignée de musulmans noyés dans le milliard d’extrémistes, tout juste assez civilisés pour être capables de répondre sans chercher à exterminer l’autre. J’en ai plus qu’assez d’entendre cette rengaine, lorsque ceux-là mêmes qui n’invitent que des prédicateurs islamistes, au mépris de tous les autres courants de l’islam, s’étonnent de ne pas nous entendre. Lorsque j’ai signé la pétition de soutien, je ne l’ai pas fait en tant que musulmane «modérée», mais en tant que citoyenne convaincue qu’aucune critique, fût-elle blasphématoire - pour parler comme ceux qui instrumentalisent les religions pour nous intimider -, malhonnête ou ignorante, ne mérite de valoir à son auteur une condamnation. La critique radicale de l’islam - et pas seulement de l’islamisme - est un exercice auquel je me livre périodiquement dans mes chroniques à Médi1, radio franco-marocaine écoutée par des millions de Maghrébins. Vous voyez, je n’ai rien d’une «modérée».

Si au lieu de vous contenter de lancer des stéréotypes du genre «christianisme = religion de l’amour, islam = religion de la haine», vous aviez sérieusement soumis votre objet de détestation à la critique rationnelle dont vous vous piquez en vous comparant à Voltaire, vous auriez peut-être évité de comparer le prophète de l’islam à Hitler. Ce qui, au-delà de toute considération religieuse, est une niaiserie et un non-sens épistémologique surprenant de votre part. Mais vous avez décidé que l’islamisme est définitivement l’islam, comme le prouve votre article qui porte en son titre le premier terme alors que l’ensemble du texte ne parle que du second. Vous me pardonnerez d’ajouter que les islamistes sont décidément bien bêtes de condamner quelqu’un qui apporte de l’eau à leur moulin. Bien entendu, vous avez raison de dénoncer le chantage à l’islamophobie, la ségrégation des sexes et le soutien apporté par des courants gauchistes aux islamistes, qu’ils considèrent comme les nouveaux damnés de la terre. Le problème est que vous rabattez tous ces faits sur une vision essentialiste et culturaliste de l’islam, que vous désignez comme l’ennemi de la civilisation. Vous pouvez bien vous défendre d’attaquer les musulmans, vous ne faites pas autre chose lorsque vous les comparez aux adeptes de Hitler qui suivent leur chef (Mahomet). Lorsque vous parlez de l’islam qui «tente d’obliger l’Europe à se plier à sa vision de l’homme», vous me paraissez hélas plus proche de Geert Wilders et d’Oriana Fallaci que de Voltaire, et certainement pas de l’islamologue Maxime Rodinson que vous citez dans votre article pour étayer votre maigre savoir sur l’islam.

Vous vous essayez au comparatisme dans une vision binaire séparant le christianisme, sécularisé, qui fait toujours passer l’autre avant lui, de l’islam, qui «tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des mœurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence». Le seul constat qui s’impose face à un tel concentré d’inexactitudes qui mêle théologie, préjugés et événements contemporains, de cette lecture grossière du choc des civilisations, est que l’historicité est le moindre de vos soucis. C’est oublier (ou ignorer ?) que la sécularisation s’est d’abord construite contre la religion, qu’elle a soumise à n’être rien d’autre qu’une confession. Vous dites que «le retour à Jésus est un recours contre les excès de l’institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine.»

Le problème est qu’au lieu d’ouvrir un débat serein sur la question de la violence dans l’islam, vous ne faites qu’opposer les deux religions, et ça, c’est violent. Il est dommage que les quelques vérités que vous rappelez là soient submergées par une vision caricaturale des choses. Un exemple : la figure d’amour et de non-violence de Jésus, non pas celle des Evangiles, mais celle du Coran où il est présenté comme le seul prophète exempt de péché (à part Marie), né du souffle de Dieu. Force est d’admettre qu’à l’exception des courants soufis, la tradition musulmane a escamoté la dimension d’amour de Jésus pour ne retenir de lui que l’image d’un prophète important certes, mais un prophète parmi d’autres, ce qui est loin de correspondre à la place et au statut exceptionnels que le Coran confère au «Fils de Marie».

La question n’est pas d’opposer à votre schéma comparatiste l’argument naïf et contre-productif de ceux des musulmans qui s’indignent en répondant que non, l’islam est une religion de paix et de fraternité et qu’il est détourné de son sens profond par les méchants islamistes, mais de s’interroger sur les causes profondes de la violence, y compris en l’articulant, comme l’a fait Benoît XVI, à la foi. Vous écrivez : «Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran». Là, vous dites des sottises, M. Redeker. Ce qui habite les islamistes, ce n’est pas le Coran, qui ne leur sert que de source pour légitimer leurs actes, mais la prédication sauvage qui s’est développée à partir du début du XXe siècle. Je sais de quoi je parle, je descends d’une lignée de théologiens.

Vous avez pris soin, pour expliquer les causes profondes de la violence actuelle, de ne citer que les épisodes les plus troublants de la conscience musulmane, à commencer par le massacre de la tribu juive de Médine, les Qurayza. Nous ne savons que peu de chose de cet épisode inouï, et les raisons d’un tel massacre nous échappent. D’autres que moi vous l’ont certainement dit, si le texte coranique contient des versets de violence, il en contient d’autres qui contredisent cette orientation, comme c’est le cas pour la Bible. La vraie question aujourd’hui est là : que faire pour empêcher que l’on se serve des sources qui légitiment la violence ? Quels sont les instruments théologiques et politiques qui permettront d’élaborer une charte de paix et de compromis avec l’autre ?

Ce qui empêche tout aggiornamento, ce n’est pas «la haine qui fonde l’islam dans ses origines», ce sont les despotes qui instrumentalisent la religion comme source de légitimation et comme moyen de censure et de répression de toute velléité d’expression libre et de démocratisation ; ce sont des clergés qui puisent dans les lois les plus régressives - y compris en en détournant le sens - pour perpétuer leur pouvoir ; ce sont, enfin, les islamistes qui entendent faire de la loi religieuse l’unique source de leur projet totalitaire. Ce qui manque, c’est le courage politique de décréter qu’il est interdit à quiconque de recourir aux textes religieux pour justifier la violence, de couper l’herbe sous le pied des terroristes et de tous les islamistes qui les soutiennent en les privant de toute légitimité religieuse. Il est urgent de constituer un comité de sages composé de dirigeants politiques et d’hommes et de femmes de bonne volonté pour établir ce consensus. C’est seulement dans ces conditions, en isolant les sources qui posent problème, en les protégeant même, qu’il sera possible d’entreprendre la réforme tant attendue.

Leïla Babès professeure de sociologie des religions à l’université catholique de Lille.

Dernier ouvrage paru : Le voile démystifié, Bayard, 2004.

En Arabie Saoudite, on crie halte à la mixité. En Egypte, on détruit des romans « offensant »

De timides tentatives d’ouverture tuées dans l’œuf

vendredi 13 juin 2008 par Randa Al Fayçal - Dubaï

Sous l’impulsion du Roi Abdallah d’Arabie, qui tente de moderniser son pays et surtout les esprits de ses sujets, deux universités saoudiennes ont récemment osé organiser des manifestations sociales et sportives mixtes. Mais elles se retrouvent sous les feux des radicaux qui réclament des sanctions et appellent les auteurs de ces actes « irresponsables » à la repentance. En Egypte, un éditeur menace de détruire deux romans qu’il juge « hostiles à l’islam ».

Un groupe d’oulémas saoudiens radicaux a mené, jeudi 12 juin, l’une des plus virulentes attaques contre deux universités saoudiennes, dont la faculté de médecine de la prestigieuse Université du Roi Saoud, pour avoir organisé des « manifestations mixtes, ouvertes aux deux sexes sur un même lieu ».

Les oulémas reprochent en effet à la faculté de médecine d’avoir « célébré la remise des diplômes de sa promotion en présence des étudiants et des étudiantes sur les mêmes lieux, sans aucune séparation entre les deux sexes ». Pire, cette offense au principe de non-mixité était médiatisée, déplorent-ils. Quant à la seconde université, le communiqué publié par le site saoudien « Islam Lumière » (islamlight) lui reproche d’avoir « organisé un tournoi féminin de basketball, d’avoir accueilli l’équipe de l’université américaine de Beyrouth, de ne pas avoir empêché la mixité ni la publication des photos de la compétition ».

Les seize signataires de cet appel, d’une rare virulence, dénoncent ainsi le comportement des deux facultés et invitent les auteurs de ces actes à « la repentance ». Ils considèrent que « ces erreurs volontaires visent à répandre la culture de la non-mixité défendue par l’islam, et à occidentaliser les esprits, notamment à travers la libéralisation de la femme dans le royaume ». Le groupe des seize, dont des célèbres wahhabites, réclame aux autorités « des sanctions exemplaires contre les auteurs de ces crimes de lèse-islam qui tentent d’attirer l’Arabie et la société saoudienne dans l’abîme de l’occidentalisation ».

Cette offensive fondamentaliste contre les timides tentatives d’ouverture en Arabie s’accompagne d’une nouvelle campagne en Egypte contre la romancière Nawal Saadaoui. Le plus important éditeur au pays des Pharaons, Mohammed Madbouli, a ordonné la destruction de deux de ses ouvrages accusés de porter atteinte à l’islam. Il s’agit du roman « chute de l’imam » et d’une pièce de théâtre intitulée « Dieu démissionne lors de la réunion au sommet ». Madbouli a demandé à l’imprimerie de détruire les deux ouvrages, suscitant une vive réaction des intellectuels égyptiens. Les travaux de Saadaoui avaient été critiqués par le « Comité de censure » de l’institut islamique Al-Azhar, il y a quelques années. Al-Azhar avait alors demandé leur interdiction, avant que le parlement ne les autorise, à la suite d’un bras de fer entre le ministère de la Culture et les religieux. Aujourd’hui, les intellectuels égyptiens redoutent que la décision du premier éditeur et distributeur d’Egypte n’entraîne ses confrères dans d’autres réactions semblables, et dénoncent une « autocensure inacceptable et nuisible pour l’édition et la culture en général ».

Traduction et synthèse de Randa Al-Fayçal

Lire l’article original : Islam Lumière