Mesdames et Messieurs les Deputés/Senateurs,
Tout récemment encore, dans nos débats sur la législation concernant le planning familial et l’éducation sexuelle ici, dans les pays du Vieux Continent, et surtout en Pologne, nous avions l’habitude d’évoquer le Canada comme modèle de bon sens en cette matière. C’est donc avec une énorme surprise que nous prenons connaissance de votre projet de loi C 484 censée accorder au fœtus le statut légal de la personne humaine. Prétendre qu’une telle loi n’a pas pour but final de délégaliser l’avortement relève de l’hypocrisie la plus pure.
Cette action des fondamentalistes religieux canadiens ressemble énormément à la tentative de modifier la Constitution polonaise menée l’année dernière par nos députés – catholiques fondamentalistes. Leur intention était que la Constitution garantisse le droit de la protection de la vie humaine « depuis la conception et jusqu’à la mort naturelle ». En Pologne nous avons une loi anti-avortement non seulement la plus restrictive de toute l’Europe, mais en plus le peu des droits qu’elle donne aux femmes ne sont pas respectés : je décris cette situation dans le texte que vous trouverez en annexe.
Donc, même dans la Pologne ultra-catholique et régentée par l’Eglise Vaticane, cette tentative a été jugée inadmissible par la population. Le texte organique n’a pas été modifié et les élections législatives avancées de 2 ans en automne 2007 ont sévèrement sanctionné les deux partis politiques qui appuyaient ce projet : ils n’ont plus aucun député à la Diète nouvellement élue. Autant dire qu’ils ont quitté la scène politique. Le projet de modification de la Constitution n’a certes pas été la seule cause de leur défaite, mais il est indéniable que tout politicien oubliant que les femmes représentent la moitié de l’électorat, risque de le payer cher.
La loi polonaise sur l’avortement, pourtant si stricte, prévoit un maximum de 10 ans de prison pour avoir anéanti un fœtus, mais uniquement si cela a été fait contre le gré de la femme. Pour une interruption de grossesse dans des conditions contraires à la loi, mais avec l’accord de la femme – 3 ans de prison. La loi en question a été votée voilà 15 ans et jamais encore de telles peines n’ont été prononcées par des tribunaux. Or, l’ébahissant projet canadien prévoit la peine suprême inscrite dans votre système pénal, à savoir la détention à vie. Encore heureux que vous n’appliquiez plus la peine de mort, la guillotine sur la place devant le Parlement à Ottawa serait certainement du plus bel effet….
Pour finir, je voudrais souligner avec force le fait suivant : en Pologne pendant 33 ans (avant 1989, sous « l’ancien régime »), les femmes étaient libres de décider de devenir mères. L’interruption de grossesse se faisait sur leur seule demande et gratuitement dans les hôpitaux publics. Et c’est alors que la Pologne battait les records de naissances avec le taux de natalité le plus élevé d’Europe. Depuis 1989, date à partir de laquelle l’Eglise catholique a pu donner libre cours à sa tendance de domination, les femmes se font avorter clandestinement (du moment où ils sont payés hors impôts les médecins n’évoquent pas la clause de conscience) et la Pologne affiche la natalite la plus basse de toute l’Union Européenne.
Mesdames et Messieurs les Senateurs, ne vous laissez pas influencer par votre puissant voisin du sud. Les Polonaises vous demandent de ne pas vous inspirer d’ une partie de leur système juridique. En votre âme et conscience, voulez-vous vous rendre responsables – comme les députés polonais - d’un nombre incalculable de malheurs et de vies brisées ?
Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs les Senateurs, mes salutations respectueuses.
Teresa JAKUBOWSKA
RACJA PL - viceprésidente
(parti des rationalistes de gauche polonaise)
teresa.jakubowska@neostrada.pl
www.racja.org.pl
www.teresajakubowska.pl Varsovie, le 5 mai 2008
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