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« L’interdiction de mixité n’est pas admissible dans ce cas »

Propos recueillis par Alexandra Echkenazi

CAROLINE FOUREST, journaliste et essayiste*

Que vous inspire l’affaire de Vigneux ?

Caroline Fourest. L’interdiction de mixité n’est pas condamnable en soi. Tout dépend de l’idée qui la justifie.

Lorsqu’elle est mise en place dans un but de protection, comme c’est par exemple le cas dans un groupe de paroles sur le thème des violences faites aux femmes, cette non-mixité n’a pas à être remise en question. En revanche, lorsqu’elle est sous-tendue par une idéologie inégalitaire et régressive, comme cela semble être le cas ici, et qu’elle cautionne l’idée que les femmes n’ont pas à être regardées par les hommes lorsqu’elles jouent au basket, ce n’est pas admissible.

« Je ne suis pas pour légiférer sur tout »

La mise à disposition d’un gymnase communal pour un tel événement vous étonne-t-elle ?

La tentation de céder à des demandes communautaires est de plus en plus grande pour les élus locaux. Comme ils ne veulent pas froisser leurs électeurs, ils préfèrent ne pas juger et accepter ces requêtes, même si elles sont opposées aux valeurs laïques. Toutefois, il ne faut pas tout condamner en bloc. Que des jeunes filles issues d’un milieu intégriste puissent sortir de leur famille et jouer au basket, c’est une bonne chose. Mais il y a un équilibre à trouver entre le respect des libertés individuelles et des associations, et un minimum d’exigences communes.

Comment faire pour trouver cet équilibre ?

Cela passe par la négociation. La mairie aurait pu mettre à disposition son gymnase, à condition que les hommes y soient admis. Cet équipement est un espace public qui devrait privilégier les projets favorisant le vivre ensemble et l’égalité.

Il y a eu une loi pour l’école. Faudrait-il légiférer pour faire respecter la laïcité dans chaque secteur de la société ?

On rencontre ce genre de problèmes dans les mairies, mais aussi dans les hôpitaux ou les tribunaux, et cela concerne toutes les religions. A l’école, la loi a été une bonne chose. Elle a libéré les enseignants, qui ont autre chose à faire, des négociations au cas par cas. Toutefois, je ne suis pas pour légiférer sur tout. Il faut garder un peu d’humanité et trouver, grâce au dialogue, un juste milieu entre le communautarisme et un sursaut intolérant qui fermerait les portes à toute différence. Les hôpitaux ont publié une circulaire indiquant que les soins d’urgence sont prioritaires sur les convictions spirituelles. Mais cela n’empêche pas les médecins d’expliquer les choses avec humanité à leurs patients.

* Spécialiste de la laïcité, auteur du « Choc des préjugés » (Calmann-Lévy).

Source : le Parisien du 19 juin 2008

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