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Par Ufal Flash
Lundi 22 décembre 2008
article publié dans les lettres 67, 67
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Pour Bernard Teper, secrétaire national de l’UFAL, il faut privilégier une stratégie à front large dans le mouvement social, permettant l’élargissement des campagnes d’éducation populaire laïque tourné vers l’action, avec un discours cohérent et alternatif, en prise avec les revendications populaires.
Quelle est ton analyse du résultat des élections aux prud’hommes ?
Il faut d’abord comprendre dans quel cadre se sont effectuées ces élections.
Elles ont eu lieu en des temps de crises bancaire et financière qui vont se transformer à l’avenir en crises économique, puis sociale, pour finalement éclater en une crise politique.
Ajoutons qu’elles se sont déroulées au moment où la réforme de la représentativité syndicale va entraîner des regroupements afin de respecter les nouveaux seuils fixés pour être représentatifs : 10 % dans les entreprises et les branches ; et 8 % au niveau interprofessionnel.
Le tout lors d’une période de décomposition - recomposition idéologique dans toutes les organisations.
Notons que tout à été mis en œuvre par le pouvoir politique pour endiguer la visibilité de ces élections ainsi, que le débat raisonné dans les médias publics radios et audiovisuels.
De son côté, la poussée des syndicats les plus combatifs (CGT et Solidaires) montre le chemin que comptent prendre les salariés de notre pays.
La CGT renforce sa position de premier syndicat de salariés (33,8% contre 32,2% en 2002) et sa position de troisième organisation des cadres (16,7% contre 15,81% en 2002).
Pour Solidaires, sa progression (3,8% contre 1,5% en 2002) n’est pas le résultat d’une poussée proprement dite, mais bien la conséquence d’avoir présenté trois fois plus de listes que la dernière fois. Mais malgré leur progression, les nouveaux seuils de représentation vont leur interdire de jouer un rôle dans le secteur privé, pourtant lieu d’exercice de la grande majorité des salariés. Ainsi, soit ils participent à la recomposition syndicale, ou bien ils ne seront qu’un mouvement syndical dans le secteur public, ou anciennement public.
Concernant la CFDT, si elle maintient sa deuxième place (22,1% contre 25,1% en 2002), c’est néanmoins avec un recul important lié à sa trop grande connivence avec les politiques néolibérales. Par ailleurs, elle perd sa première place chez les cadres avec une perte massive (23% contre 28,44% en 2002).
FO, quant à elle, troisième organisation syndicale, continue dans sa lancée de décroissance historique liée principalement à l’incohérence entre son discours théorique et sa pratique sociale. Par conséquent, sa troisième place (15,9% contre 18,2% en 2002) est directement menacée pour par le nouveau regroupement qui se profile entre la CGC (8,2% contre 7% en 2002 chez les salariés, et 27,9% contre 22,81% en 2002 chez les cadres reprenant ainsi la première place) et l’UNSA (6,2% contre 5% en 2002), dont la cohérence dans l’accompagnement social est mieux assumé.
Quant à la décroissance historique engagée également par la CFTC (8,9% contre 9,6% en 2002), elle s’effectue beaucoup plus lentement que celle de FO, car elle bénéficie de la permanence d’un courant chrétien néo-conservateur. Toutefois, malgré une résistance à ce déclin historique, les nouveaux seuils vont cette fois-ci accélérer sa décroissance dans certaines branches si elle ne recompose pas.
Tu parles beaucoup de recomposition syndicale, mais comme sœur Anne, je ne la vois pas beaucoup venir !
La logique des nouveaux seuils de représentativité va accélérer ce processus. De plus, pour signer un accord il faudra représenter au moins 30% des salariés, et ne pas obtenir plus de 50% contre des syndicats représentants. En somme, de nombreux syndicats ne seront plus des acteurs sociaux en dessous de ces seuils.
Donc, pour répondre à cette dernière exigence, nous ferons face, soit à des décisions de sommet comme dans le rapprochement UNSA-CGC, car nécessité fait loi, soit à de nouvelles pratiques syndicales qui pourraient être motrices d’une nouvelle recomposition syndicale.
J’appelle « nouvelle pratique syndicale », une pratique visant, d’une part, à une nouvelle façon d’établir le lien syndical entre les responsables syndicaux et les salariés ; et d’autre part, à nouer de nouvelles formes de coopération, tant avec d’autres organisations syndicales, qu’avec d’autres organisations du mouvement social, telles des associations et des mutuelles notamment.
Par ailleurs, tout dépendra aussi des initiatives qui seront prises par les deux grandes organisations que sont la CGT et la CFDT tant dans leurs liens avec les salariés, qu’avec les autres syndicats, ou encore avec le reste du mouvement social (associations, mutuelles).
Enfin, un dernier point n’est pas négligeable : c’est de savoir ce qui va se passer quant à la transparence et à l’éthique du financement des organisations syndicales.
Tu parles également des associations et des mutuelles, qu’en est-il de ce côté-là ?
Pour parler de la mutualité, il faut replacer cela dans l’évolution de la santé et de la sécurité sociale (assurance-maladie, retraites, famille, accidents du travail et maladies professionnelles). Le premier cycle d’étatisation et de privatisation de la santé et de la sécurité sociale, ouvert par les ordonnances de 1967, se termine par trois évènements :
Il va donc de soi que la question qui se pose est alors de savoir si une nouvelle coopération peut s’ouvrir entre les mutuelles résistantes et solidaires aux côtés des syndicats les plus combatifs !
Du côté des associations, et plus généralement des pratiques collectives entre plusieurs types d’organisations du mouvement social (syndicats, mutuelles, associations), cela renvoie pour beaucoup au problème de l’autonomie financière des organisations. On voit, ici et là, des associations –ou regroupements d’associations– obligées de « composer » avec les financeurs pour des raisons de survie. Par exemple, le CNAJEP –plus important regroupement d’organisations d’éducation populaire– tire depuis longtemps la sonnette d’alarme devant cet étranglement financier. Ses organisations viennent de démissionner du conseil de l’INJEP. Le pouvoir politique est en train de diminuer fortement les subventions pérennes de moyen terme sur critères objectifs pour les remplacer par des subventions au coup par coup sur projets qui sont souvent un moyen d’obtenir l’allégeance des associations, et la précarité de ses permanents.
Venons-en à ta proposition de campagnes d’éducation populaire laïque tournées vers l’action. Peux-tu les définir et en présenter les modalités ?
Tout d’abord, il faut bien convenir que l’accélération des politiques néolibérales dans la phase actuelle du turbocapitalisme a mis les organisations des salariés et de citoyens à rude épreuve ! De plus, l’écroulement du communisme soviétique à la fin des années 1980 n’a pas produit son remplacement comme idéologie alternative au néolibéralisme. Il en résulte que toutes les grandes organisations ont été pénétrées par l’idéologie dominante, suscitant alors de forts débats en leur sein, mais diminuant, par là même, leur impact auprès du peuple en général, et en particulier des couches populaires (ouvriers, employés). La pénétration de l’idéologie néolibérale dans ces grandes organisations a également induit le développement du relativisme culturel, du communautarisme en lieu et place de l’universalité des droits, des séparations nécessaires public - privé et de la liberté de conscience.
En dernier lieu, l’éclatement de la crise du capitalisme à la mi-septembre dernier rend encore plus indispensable la rupture avec l’idéologie dominante.
D’où la nécessité de grandes campagnes d’éducation populaire laïque tournées vers l’action, tant auprès du grand public que vers les militants des organisations.
Pour ce faire, il nous faut tenir les deux bouts de la campagne en articulation dialectique : la production théorique, et l’organisation militante et matérielle des campagnes.
Quand on a vu à quelle vitesse les dirigeants néolibéraux ont abandonné certains dogmes
–comme le Pacte de stabilité de Maastricht, celui de l’interdiction de l’action publique dans l’économie, etc.– on mesure d’autant mieux le caractère conjoncturel et classiste (dans le sens d’être au service de la classe dominante) de l’idéologie néolibérale. C’est pour cela qu’il faut redoubler d’efforts pour penser la période actuelle, et surtout préfigurer la prochaine. Il faut alors développer la production théorique, en se dégageant des dogmes de l’idéologie dominante qui se sont infiltrés dans des pans entiers des grandes organisations.
Mais contrairement à l’enseignement scolaire et universitaire (qui part des prémisses de la pensée pour aboutir aux conséquences pour les travailleurs, les citoyens et leurs familles), l’éducation populaire part, quant à elle, des conséquences vécues pour remonter aux causes. Toutefois, cela demande tout autant une clarté sur l’analyse du monde qui nous environne que sur les pistes alternatives.
Et pour interagir avec le public, cette pensée doit lui être confrontée. D’où la nécessité des campagnes de réunions publiques et de réunions de formation afin de les dupliquer dans tous les cantons de France. Le retour de ces campagnes d’éducation populaire laïque tournées vers l’action doit modifier la pensée développée devant le peuple, et principalement devant les couches populaires (ouvriers, employés). Et ainsi de suite.
Voilà de quelle manière on peut produire un avenir. Car ce processus est bien supérieur aux trois précédents employés jusqu’ici, impliquant :
Bien évidemment, le nouveau processus demande la mise en place d’équipes militantes locales, capables d’organiser des évènements dans une stratégie à front large. De ce point de vue, des réunions de formation en éducation populaire sont souvent nécessaires pour éviter de n’inviter que ses amis ou les membres de son organisation. Combien d’équipes locales ont remarqué qu’une distribution de tracts coupée d’une véritable campagne d’éducation populaire ne sert souvent à rien ?
C’est pour ces raisons, que l’UFAL a crée un Conseil consultatif pour regrouper des intellectuels qui acceptent de travailler dans ce cadre. Comprenez alors pourquoi l’UFAL participe à de grandes campagnes d’éducation populaire dans un réseau large avec bien sûr ses structures locales, mais aussi, et surtout, avec les organisations amies et leurs structures locales, ainsi qu’avec les collectifs nationaux thématiques qui ont intégré la nécessité de grandes campagnes d’éducation populaire. C’est pour cela que les formateurs de l’UFAL participent aussi à des réunions de formation afin de permettre la mise en place de ces campagnes.
Ou en êtes-vous actuellement ?
Nous en sommes à plus d’une centaine de réunions par an, et ce, depuis de nombreuses années, mettant en œuvre le processus et le réseau large décrits précédemment. Et c’est encore insuffisant !
Trop de militants sont encore extérieurs à ces démarches en restant dans des impasses théoriques et pratiques, et trop de cantons n’ont toujours pas vu une seule réunion publique dont nous avons parlé dans notre entretien.
Le combat sera encore long, mais nous savons que l’on construit l’avenir, non pas en fixant un objectif lointain plus ou moins mythique, mais en construisant d’abord le chemin pour y parvenir. Que ceux qui veulent travailler à cette construction nous rejoignent d’une manière ou d’une autre.
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